La première session de vendredi est consacrée aux moyens de gérer l’avalanche d’informations générée par les nouvelles technologies. Comment s’y retrouve-t-on ?
Atau Tanaka nous parle de la prochaine révolution technologique liée à l’émergence des imprimantes 3D à bas prix. Que ferons-nous avec ces imprimantes? Il est possible d’imprimer en 3D des foetus, ce qui semble plutôt morbide. Est-ce la fin du design? Une nouvelle voie pour la créativité? On parle de “crapjets” pour désigner des objets en basse résolution imprimés en 3D. Plutôt moche … Et que dire des conséquences environnementales. Ferons-nous un usage responsable de ces nouveaux instruments? Un usage dionysiaque, excessif ou un usage apollinien basé sur la qualité et l’excellence? La 3D entrera-t-elle dans le monde du bricolage, comme le laisse penser l’apparition de logiciels 3D grand public? Que de bonnes questions avant de voir nos maisons envahis d’objets hideux et inutiles !
Sebastian Dieguez porte la vision des neurosciences sur les technologies. De nombreux articles parlent des problèmes causés par les nouvelles technologies. La liste de troubles supposés; dont le syndrome FOMO, est longue. Il y a cependant peu d’évidences scientifiques. Il faut renverser la question: comment le cerveau impacte les technologies ? Trois exemples en donnent une idée. Premier exemple : une expérience démontre que le système tactile peut avoir une illusion, comme sentir un objet externe. Cela peut être exploité.
Deuxième exemple : l’hypothèse Changizi-Dehaene postule que le système d’écriture détourne le cerveau. L’écriture est une technologie. Elle est faite de traits, en moyenne trois. Il y a un nombre limité de possibilités. On étudie la fréquence d’apparition de ces combinaisons. En prenant une base d’images de la nature prises au hasard, on trouve aussi des lignes. La fréquence d’apparition est identique. Il y a un endroit dans le cerveau sensible à ces lignes et l’écriture s’ y est conformée. La culture est en phase avec la nature. Il en va de même avec la musique (cultural harnessing or recycling). Dernier exemple : le cerveau humain a des limites. Il faut les exploiter. On demande à des gens de donner au hasard des chiffres entre 1 et 6. C’est très difficile. Ils essaient d’éviter les répétitions et ensuite ils font des cycles. Le cerveau n’arrive pas à oublier ce qu’il a dit. C’est pourquoi c’est une tâche impossible. Pour terminer, voici les conseils du neuroscientiste à ceux qui développent des nouvelles technologies : il faut se laisser inspirer par la nature, se concentrer sur une seule tâche et exploiter les biais et les failles du cerveau.
vendredi 8 février 2013
Réinventer l'artisanat
Lift consacre une séance à l’importance des métiers et des pratiques artisanales.
Caroline Drucker évoque le retour de l’artisanat, notamment à travers le site Etsy. Comment les petites entreprises, les artisans peuvent survivre dans le monde globalisé ? Comment accéder au marché. Les barrières sont le manque de connaissances, l’accès au capital? Il y a des plateformes de crowdfunding pour ke financement. Pour l’accès au marché, il y a Etsy. Le site compte 800’000 boutiques. Le chiffre d’affaire continue à croître. Le secret du succès: décentralisation, transparence et efficacité. 72% des vendeurs sont des femmes. Le site donne beaucoup d’informations sur leur boutique et ses résultats. Des rencontres sont organisées pour améliorer les compétences entrepreneuriales.
Massimo Banzi nous parle de l’artisanat basé sur des produits électroniques. Le but d’Arduino est de prendre quelque chose de complexe pour en faire quelque chose de simple. La carte Arduino est utilisée dans des imprimantes 3D, des petits hélicoptères, des capteurs pour plantes. Le hardware et le logiciel sont open source, la documentation sous Creative Commons. Avec ce matériel, il est possible de créer rapidement des objets, pour valider son idée.
Oliver Reichenstein explique comment appliquer l’idée d’artisanat aux nouvelles technologies. D’après Socrate, les politiciens sont des imposteurs, les poètes et les prophètes ne comprennent pas leur monde. Seuls les artisans savent vraiment quelque chose. L’artisan est celui qui a une maîtrise.
On peut être artisan dans le monde digital. Qu’est ce que le digital? C’est ancien et pas du tout lié à l’électronique. Le code digital le plus ancien est l’alphabet. Les maîtres de l’époque classique ont étudié longtemps auprès de leurs maîtres, en s’enrichissant mutuellement: Platon est resté 10 ans auprès son maître Socrate. Les maîtres de l’époque des Lumières ne se sont pas rencontrés: ils correspondaient par lettres. C’était des relations surtout intellectuelles.
Les artisans sont proches des choses et se ressemblent beaucoup d’une culture à l’autre. Ils apprennent de ce qu’ils font, progressent pas à pas. On peut devenir un artisan par soi-même. Pour devenir un maître, il faut trouver un maître et il faut le rencontrer réellement.
A noter qu’Oliver Reichenstein a créé une police de caractères uniquement pour sa présentation à Lift.
Par cette session très intéressante, Lift rend compte du retour en force de l’artisanat, même dans les nouvelles technologies.
Massimo Banzi nous parle de l’artisanat basé sur des produits électroniques. Le but d’Arduino est de prendre quelque chose de complexe pour en faire quelque chose de simple. La carte Arduino est utilisée dans des imprimantes 3D, des petits hélicoptères, des capteurs pour plantes. Le hardware et le logiciel sont open source, la documentation sous Creative Commons. Avec ce matériel, il est possible de créer rapidement des objets, pour valider son idée.
Oliver Reichenstein explique comment appliquer l’idée d’artisanat aux nouvelles technologies. D’après Socrate, les politiciens sont des imposteurs, les poètes et les prophètes ne comprennent pas leur monde. Seuls les artisans savent vraiment quelque chose. L’artisan est celui qui a une maîtrise.
On peut être artisan dans le monde digital. Qu’est ce que le digital? C’est ancien et pas du tout lié à l’électronique. Le code digital le plus ancien est l’alphabet. Les maîtres de l’époque classique ont étudié longtemps auprès de leurs maîtres, en s’enrichissant mutuellement: Platon est resté 10 ans auprès son maître Socrate. Les maîtres de l’époque des Lumières ne se sont pas rencontrés: ils correspondaient par lettres. C’était des relations surtout intellectuelles.
Les artisans sont proches des choses et se ressemblent beaucoup d’une culture à l’autre. Ils apprennent de ce qu’ils font, progressent pas à pas. On peut devenir un artisan par soi-même. Pour devenir un maître, il faut trouver un maître et il faut le rencontrer réellement.
A noter qu’Oliver Reichenstein a créé une police de caractères uniquement pour sa présentation à Lift.
Par cette session très intéressante, Lift rend compte du retour en force de l’artisanat, même dans les nouvelles technologies.
jeudi 7 février 2013
Porter un regard neuf
le second jour de la Conférence Lift Commence par une Session consacrée à la résilience. La question de fond est de savoir comment une organisation peut gérer la volatitité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté qui sont les caractéristiques du monde actuel.
Selon Venkatesh Rao, il faut reprendee le modèle du renard tel qu’il est décrit dans de nombreux contes et qui s’ oppose au modèle du hérisson. Il faut construire sur les contradictions et non sur des valeurs. Il faut préserver la mémoire, plutôt que de se baser sur son identité pré-établie. A l’amour, il faut préferer l’aventure. Ainsi des valeurs, une identité, la vérité et l’amour vont finir par émerger.
Noah Raford commence par expliquer qu’il est difficile de prédire le futur dans Un monde complexe. L’anticipation est essentiel: un joueur de hockey dit qu’il est important de voir où le puck sera et non pas où il est. Cela demande de la souplesse d’esprit. Il faut se demander ce qui va changer, imaginer des scénarios et prévoir des ressources. Les modèles mentaux doivent être synchronisés. Une trop grande confiance peut être dommageable. Il faut être capable de percevoir le présent. Il vaut mieux être surpris par des simulations qu’aveuglé par la réalité. Le Web change la manière dont nous pensons les prédictions, grâce aux médias sociaux et au crowdsourcing. C’est plus rapide et cela coûte moins cher. Il y aussi des outils permettant de visualiser la complexité.
Konstantina Zoehrer raconte comment elle a décidé de quitter la Grèce et comment elle y est revenue pour travailler au (re) développement du pays suite à la crise qui y sévit. Elle nous invite à changer le regard que nous portons sur la réalité. crise doit être vue comme la possibilité d’induire des changements.
Les conférenciers de ce matin nous invitent à changer nos modèles mentaux pour être capables de nous adapter dans un monde complexe en perpétuelle mutation.
Selon Venkatesh Rao, il faut reprendee le modèle du renard tel qu’il est décrit dans de nombreux contes et qui s’ oppose au modèle du hérisson. Il faut construire sur les contradictions et non sur des valeurs. Il faut préserver la mémoire, plutôt que de se baser sur son identité pré-établie. A l’amour, il faut préferer l’aventure. Ainsi des valeurs, une identité, la vérité et l’amour vont finir par émerger.
Noah Raford commence par expliquer qu’il est difficile de prédire le futur dans Un monde complexe. L’anticipation est essentiel: un joueur de hockey dit qu’il est important de voir où le puck sera et non pas où il est. Cela demande de la souplesse d’esprit. Il faut se demander ce qui va changer, imaginer des scénarios et prévoir des ressources. Les modèles mentaux doivent être synchronisés. Une trop grande confiance peut être dommageable. Il faut être capable de percevoir le présent. Il vaut mieux être surpris par des simulations qu’aveuglé par la réalité. Le Web change la manière dont nous pensons les prédictions, grâce aux médias sociaux et au crowdsourcing. C’est plus rapide et cela coûte moins cher. Il y aussi des outils permettant de visualiser la complexité.
Konstantina Zoehrer raconte comment elle a décidé de quitter la Grèce et comment elle y est revenue pour travailler au (re) développement du pays suite à la crise qui y sévit. Elle nous invite à changer le regard que nous portons sur la réalité. crise doit être vue comme la possibilité d’induire des changements.
Les conférenciers de ce matin nous invitent à changer nos modèles mentaux pour être capables de nous adapter dans un monde complexe en perpétuelle mutation.
Flexibilité dans l’entreprise
Lift consacre une session aux méthodes de gestion permettant d’intégrer dans l’entreprise la dose de flexibilité permettant l’innovation. Ces méthodes s’ inspirent de celles qui permettent le développement de logiciels.
Dave Gray évoque la zone organisationnelle idéale pour l’innovation, qui ne doit être ni trop chaotique, ni trop régulée. Il parle faut des unités semi-autonomes dans l’entreprise et certains services partagés. Il donne l’exemple de la profonde mutation induite par Lou Gerstner pour sortir IBM des difficultés que cette entreprise a connues dans les années 90, parce que la volonté de pratiquer certaines valeurs l’avait rendue rigide. Plutôt que des valeurs, il faut construire une carte de la culture de l’entreprise, qui décrit les croyances, les valeurs, les règles et les comportements.
Selon Abhijit Bhaduri, l’agilité est la capacité pour une entreprise de changer sa configuration initiale pour s’ adapter aux changements. Comment de très grandes entreprises peuvent y arriver? Il donne l’exemple de Wipro, une entreprise indienne de 140’000 employés. Il faut aller au-delà de l’entreprise. Wipro a par exemple investi dans l’éducation. Il faut savoir briser ses propres règles, changer le business model. L’âge moyen des employés est 29 ans. L’entreprise est sans cesse à la recherche d’idées nouvelles et est prête à investir dans des échecs pour mieux apprendre. Les meilleures idées ne viennent pas forcément des experts, mais de gens sans expérience ou connaissances spécialisées.
Daniel Freitag, fondateur de l’entreprise créant des sacs du même nom, ne nous dira rien à propos de sacs, de camions dont les bâches constituent la matière première, ni d’autoroutes où roulent ces camions, mais de la structure agile de l’entreprise. Une erreur à ne pas commettre: avoir des spécialistes, des départements difficiles à gérer. Il faut de l’intégration. Freitag utilise la méthode SCRUM, issue du monde des technologies de l’information. Le défi consiste à l’adapter à son propre business. Un déménagement a donné l’occasion de redéfinir l’environnement de travail. Il y a partout des tableaux magnétiques permettant de dessiner des idées. Il faut distinguer l’organisation de projets du reste des opérations. La planification du budget est très contre-productive. Les valeurs partagées existent: l’enjeu est de les garder, de les diffuser. Chaque nouvel employé reçoit une introduction. Pour la vue d’ensemble, il y a un grand tableau analogique avec des couleurs donnant l’état des différents projets.
Ces trois présentations montrent qu’il est possible, pour une entreprise, quelle que soit sa taille, de rester innovante, pour autant qu’elle soit capable de sortir de certains sentiers battus.
Dave Gray évoque la zone organisationnelle idéale pour l’innovation, qui ne doit être ni trop chaotique, ni trop régulée. Il parle faut des unités semi-autonomes dans l’entreprise et certains services partagés. Il donne l’exemple de la profonde mutation induite par Lou Gerstner pour sortir IBM des difficultés que cette entreprise a connues dans les années 90, parce que la volonté de pratiquer certaines valeurs l’avait rendue rigide. Plutôt que des valeurs, il faut construire une carte de la culture de l’entreprise, qui décrit les croyances, les valeurs, les règles et les comportements.
Selon Abhijit Bhaduri, l’agilité est la capacité pour une entreprise de changer sa configuration initiale pour s’ adapter aux changements. Comment de très grandes entreprises peuvent y arriver? Il donne l’exemple de Wipro, une entreprise indienne de 140’000 employés. Il faut aller au-delà de l’entreprise. Wipro a par exemple investi dans l’éducation. Il faut savoir briser ses propres règles, changer le business model. L’âge moyen des employés est 29 ans. L’entreprise est sans cesse à la recherche d’idées nouvelles et est prête à investir dans des échecs pour mieux apprendre. Les meilleures idées ne viennent pas forcément des experts, mais de gens sans expérience ou connaissances spécialisées.
Daniel Freitag, fondateur de l’entreprise créant des sacs du même nom, ne nous dira rien à propos de sacs, de camions dont les bâches constituent la matière première, ni d’autoroutes où roulent ces camions, mais de la structure agile de l’entreprise. Une erreur à ne pas commettre: avoir des spécialistes, des départements difficiles à gérer. Il faut de l’intégration. Freitag utilise la méthode SCRUM, issue du monde des technologies de l’information. Le défi consiste à l’adapter à son propre business. Un déménagement a donné l’occasion de redéfinir l’environnement de travail. Il y a partout des tableaux magnétiques permettant de dessiner des idées. Il faut distinguer l’organisation de projets du reste des opérations. La planification du budget est très contre-productive. Les valeurs partagées existent: l’enjeu est de les garder, de les diffuser. Chaque nouvel employé reçoit une introduction. Pour la vue d’ensemble, il y a un grand tableau analogique avec des couleurs donnant l’état des différents projets.
Ces trois présentations montrent qu’il est possible, pour une entreprise, quelle que soit sa taille, de rester innovante, pour autant qu’elle soit capable de sortir de certains sentiers battus.
mercredi 6 février 2013
Créativité mobile
La conférence Lift nous propose une session consacrée à la créativité que peuvent susciter les appareils mobiles. Selon Geoffrey Dorne, designer, les technologies mobiles changent de nombreux usages et sont porteuses d’innovation. Le principe est maintenant un usage, une app. En tant que designer, il faut être à l’écoute des signaux faibles.
Il y a un retour au côté sensible, émotionnel dans les apps, notamment avec la fonction tactile. On a envie de toucher la musique.
Il y a un retour à la matérialité: l’imitation du réel dans le virtuel n’est plus intéressante (skeuomorphisme). On sort du téléphone et on envoie une carte postale réelle. L’ipad devient le plateau du jeu, mais on utilise des vrais pions.
Demain le téléphone va se dématérialiser, se cacher sous le plateau de jeu ou dans un autre dispositif. Il ne sera plus qu’une machine à capter.
Il y aura plus de proximité entre l’objet et l’intime. Les usages et les apps sont à prendre comme des signes d’évolution sociale, d’où l’importance de rester à l’écoute des signaux faibles.
Christopher Kirkley observe la création culturelle en Afrique de l’ouest. Les téléphones portables y sont utilisés différemment. Ils permettent de créer des images et des vidéos que les gens partagent ensuite d’appareil à appareil. Elles circulent dans un réseau de gens qui se connaissent et qui se déplacent. La musique constitue l’un des contenus les plus importants. Elle est créée dans des studios de fortune et circule sur les téléphones. C’est un phénomène essentiel pour la diffusion de la culture des minorités. De plus en plus de téléphones sont connectés à Internet en Afrique. Cela permettra de décloisonner la création culturelle.
Il y a un retour au côté sensible, émotionnel dans les apps, notamment avec la fonction tactile. On a envie de toucher la musique.
Il y a un retour à la matérialité: l’imitation du réel dans le virtuel n’est plus intéressante (skeuomorphisme). On sort du téléphone et on envoie une carte postale réelle. L’ipad devient le plateau du jeu, mais on utilise des vrais pions.
Demain le téléphone va se dématérialiser, se cacher sous le plateau de jeu ou dans un autre dispositif. Il ne sera plus qu’une machine à capter.
Il y aura plus de proximité entre l’objet et l’intime. Les usages et les apps sont à prendre comme des signes d’évolution sociale, d’où l’importance de rester à l’écoute des signaux faibles.
Christopher Kirkley observe la création culturelle en Afrique de l’ouest. Les téléphones portables y sont utilisés différemment. Ils permettent de créer des images et des vidéos que les gens partagent ensuite d’appareil à appareil. Elles circulent dans un réseau de gens qui se connaissent et qui se déplacent. La musique constitue l’un des contenus les plus importants. Elle est créée dans des studios de fortune et circule sur les téléphones. C’est un phénomène essentiel pour la diffusion de la culture des minorités. De plus en plus de téléphones sont connectés à Internet en Afrique. Cela permettra de décloisonner la création culturelle.
Lift 13 : c'est parti !
Le premier après-midi de la Conférence Lift 13 est consacré au renouvellement que les technologies de l’information peuvent apporter à la démocratie aujourd’hui. Le conseiller administratif de la ville de Genève, Sami Kanaan est venu nous entretenir de ce sujet. Selon lui, la technologie peut soutenir les processus démocratiques, mais elle ne remplace pas les outils usuels de la démocratie comme un parlement. La démocratie a également besoin de temps. Maximilian Stern, directeur de foraus, parle de la démocratie collaborative. Au moment où de grands défis sont à relever, les partis politiques ont de moins en moins d’adhérents. Les gouvernements doivent trouver de nouvelles méthodes pour mieux intégrer la population dans les prises de décision: démocracie directe, participative ou délibérative. Maximilian Stern propose l’idée d’une démocratie collaborative qui permet aux gens de travailler avec le gouvernement pour trouver des solutions. Analyser, informer, débattre, avoir des expertises, planifier, s’engager en sont les ingrédients. L’Islande a, par exemple, utilisé les médias sociaux pour élaborer sa constitution. Nous avons maintenant un usage limité et partiel des technologies dans les processus démocratiques. Il s’agirait de les combiner maintenant. Mican Daigle propose de faire un upgrade de la démocratie. La démocratie est à la fois une idée et un système. On peut être d’accord avec l’idée et être en désaccord avec le système. Il y a plusieurs systèmes possibles: direct, représentatif. Tous deux présentent des désavantages. L’humain a ses propres limites: il ne connaît pas tout et ne fait confiance qu’à des personnes proches. Mican Daigle propose donc une démocratie en réseau. Les réseaux sont dynamiques, adaptables. Pour changer quelque chose, il faut créer un réseau. Mican Daigle serait bien inspiré d’étudier le système politique suisse. Gudrun Pétursdóttir nous raconte l’histoire de la révision de la Constitution islandaise. L’idée d’impliquer le peuple émergea. Une assemblée nationale de 1000 personnes choisies au hasard a été créée. Les résultats des discussions furent publiées le lendemain. Un conseil constitutionnel fut élu et son travail se fit de manière ouverte au public. Chacun avait la possibilité de participer. Le parlement doit maintenant adopter la nouvelle constitution. Il traite de la constitution depuis 2011 et de nouvelles élections sont prévues au printemps. La question de savoir si le parlement va enfin adopter ce texte auquel le peuple a tant participé reste ouverte. Ce qui est certain c’est qu’après cette initiative visant à donner la parole au peuple, il sera difficile de ne plus l’impliquer. Jake Levitas et Luc Meier présentent un concours de visualisation de données publiques provenant de plusieurs villes dont San Francisco. Les nouvelles technologies se sont déjà invitées dans le débat démocratique. Elles ne sont pas la panacée, présentent quelques problèmes comme la protection des données. En même temps, elles permettent une certaine participation, souvent à court terme; elles accroissent la transparence et elles peuvent contribuer à intégrer plus de monde pour résoudre des problèmes toujours plus complexes. Comme il y a plusieurs types de démocracie, il y a plusieurs voies pour intégrer les technologies dans la prise de décision. Néanmoins l’expérience politique que j’ai eu pendant des années dans une expérience de démocratie virtuelle dans Second Life m’a amenée à me méfier de la substition par des consensus issus de processus de consultation flous à des méthodes formelles d’élection et de vote. La validité et la traçabilité des décisions démocratiques doit être garantie.
samedi 19 janvier 2013
La visibilité de l’archéologie suisse sur le Web
Le projet HORIZONS 2015, soutenu par de nombreuses associations, groupes de travail et organisations d’archéologie, a pour ambition, au cours des années 2010-2015, de répondre aux défis posés à l’archéologie en Suisse : polémique sur la réduction du droit de recours des associations, augmentation des fouilles de sauvetage dû au boom de la construction, manque de temps pour l’élaboration des données acquises lors des fouilles d’urgence, insuffisance des structures nationales dans la mise en place de stratégies de recherche, de thèmes et de standards communs, coupes budgétaires, situation précaire de l’emploi pour de nombreux archéologues, réduction des effectifs des diverses associations, etc. Suite à un concours d’idées, plusieurs groupes de travail ont été mis en place, dont un groupe « Nouvelles technologies et médias ». L’association HORIZONS 2015 a organisé une manifestation destinée à tracer un premier bilan des divers travers. Cette manifestation s’est tenue à Bâle le 18 janvier 2013.
Evaluation de la présence de l’archéologie suisse sur Internet
Le groupe de travail « Nouvelles technologies et médias », dirigé par Robert Michel (@archeofacts), et dont je fais également partie, a pour mandat de réfléchir à l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie suisse . Il a décidé de commencer ses travaux par un inventaire des ressources disponibles en ligne. Cet inventaire contient les sites Web des services cantonaux d’archéologie, des musées comportant une collection d’archéologie, des instituts universitaires d’archéologie, des organisations faîtières ainsi qu’un certain nombre de ressources en ligne liées à l’archéologie suisse.
Une fois l’inventaire établi, les différents sites ont été analysés selon une liste de critères : type de site (page d’information, site brochure, ressource), intégration dans un portail ou site indépendant, logique de la structure de navigation (thématique, organisationnelle, selon des tâches, géographique), présence d’actualités, de ressources en ligne (par ex. publications, rapports, …), de listes de liens vers d’autres sites, d’informations géo-localisées (par ex. carte archéologique), d’explications sur les méthodes de l’archéologie, d’informations concernant les procédures d’annonce de découverte ou les bases légales de l’archéologie.
Miroir de l’organisation de l’archéologie institutionnelle
Cette analyse des sites permet d’établir une première synthèse sur la présence de l’archéologie suisse sur Internet. Les informations disponibles sur le Web ne permettent pas de donner une image d’ensemble du thème en question. Elles constituent essentiellement un miroir de la manière dont l’archéologie est organisée, qu’il s’agisse d’archéologie préventive, de recherche académique ou de mise en valeur muséale. Le fédéralisme de la Suisse veut que l’archéologie préventive soit de la responsabilité des cantons. Il en va de même des universités. Quant aux musées, ils peuvent être intégrés dans une structure cantonale ou communale. Les sites d’organisations faîtières, sans doute pour respecter cette autonomie cantonale, se contentent de créer des liens vers les sites des diverses institutions. Il faut cependant être conscient que, pour une personne qui ne connaît pas le système suisse, la recherche d’information est quasi impossible. En effet, il faut savoir au préalable dans quel département de l’administration cantonale l’archéologie est intégrée ou dans quelle faculté d’une université elle est enseignée. Ainsi, presque tous les sites présentent des listes de publications et parfois les offrent en téléchargement en PDF. Ces publications sont éparpillées sur de nombreux sites. Une personne souhaitant s’informer sur le Néolithique suisse doit visiter donc tous les sites des services cantonaux d’archéologie. Il en va de même de la rubrique « Actualités » disponible dans la plupart des sites : il n’y aucun moyen de s’abonner à l’ensemble des actualités.
Plus grave encore, aucun des sites observés ne présente les principales périodes, cultures et objets représentatifs de l’archéologie de la Suisse dans une forme accessible au grand public et cela alors que les technologies de l’information permettent de mettre à disposition à peu de frais des informations sous des formes visuelles très attractives (frise chronologique, carte de géographie, galeries de photos par exemple).
Le matériel photographique de qualité est rare. Les différentes institutions rechignent à mettre à disposition des images d’objets qui appartiennent pourtant au domaine public et qui ont été trouvés, conservés et mis en valeur majoritairement grâce à des fonds publics.
Les informations géo-localisées sont rares et, d’une manière générale, l’information archéologique ne tire pas parti des technologies les plus récentes, comme les téléphones portables équipés d’un GPS ou la réalité augmentée. Il n’y a pas de traces non plus d’utilisation d’applications collaboratives (Web 2.0). A part dans certains musées, les médias sociaux sont très peu utilisés.
Méconnaissance de l’expérience de l’utilisateur
Si les spécialistes locaux de l’archéologie, qui savent comment elle est organisée, peuvent éventuellement se contenter de la situation actuelle, elle ne satisfait pas d’autres groupes d’utilisateurs, dont voici quelques exemples : chercheurs étrangers, grand public suisse et étranger, touristes potentiels, écoliers, gymnasiens et étudiants, journalistes, décideurs et bailleurs de fonds.
Si les institutions archéologiques elles-mêmes ne mettent pas à disposition une présentation synthétique et grand public de l’archéologie de la Suisse, la manière dont elles publient leurs données et l’absence d’une culture du partage de l’information constituent un véritable blocage qui empêche cette information d’être accessible via des plateformes extérieures très utilisées. Ainsi une recherche sur Google avec le terme « Archéologie de la Suisse » conduit directement vers les sites d’organisations faîtières qui ne contiennent justement aucune information thématique, se contentant de renvoyer vers les sites des institutions cantonales.
Requête sur Google avec le terme “Archéologie de la Suisse” effectuée le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)
Pire encore, l’article « Archéologie suisse » dans Wikipédia, un des sites les plus consultés au monde, contient seulement une mention de la revue du même nom. Là non plus, aucune mention des principales périodes et cultures. Aussi bien sur Google que sur Wikipédia, on parvient à des résultats analogues avec des recherches en langue allemande.
Des solutions ?
La présentation de ce premier bilan a provoqué une onde de choc lors de la rencontre de Bâle. En effet, chacun a pu prendre conscience qu’en dépit d’efforts louables, l’efficacité de la communication concernant l’archéologie de la Suisse à destination du grand public n’est guère efficace.
Pour remédier à cet état de fait, il faudrait effectuer une révolution culturelle. Il paraît en effet essentiel de sortir tout d’abord de la logique institutionnelle dans la communication à destination du grand public. Ensuite il faudrait adopter une attitude radicalement différente vis-à-vis des droits d’utilisation. Anecdote amusante : lors de la présentation de ces résultats, une personne dans le public a déclaré que lorsqu’il a demandé une photographie en version numérique à un musée, ce dernier lui a envoyé, en plus de la photo, une facture. Une représentante du musée en question s’est empressée de dire qu’il fallait prendre contact par téléphone pour avoir un rabais. Voilà qui rend la diffusion des informations singulièrement compliquée. Qu’on le veuille ou non, les découvertes archéologiques font partie du domaine public. Elles sont conservées, étudiées et mises en valeur grâce à des fonds publics. Il faut donc instaurer une culture du partage, en mettant à disposition des informations et des photographies sous des licences permettant leur réutilisation et utiliser les plateformes de partage de l’information les plus populaires comme Wikipédia ou Flickr. La nature et le format des informations pourraient aussi faire l’objet d’une réflexion : si la rigueur scientifique est de mise dans les publications à destination des archéologues professionnels, une approche journalistique et un accent mis sur des anecdotes illustrant le travail des archéologues et de ceux qui les entourent intéressera plus le grand public. Publier sur Internet ne suffit peut-être pas pour diffuser des informations. Les médias sociaux devraient être donc mieux exploités pour toucher un public plus vaste. Enfin il serait bon que les archéologues et notamment les étudiants en archéologie aient la possibilité d’acquérir des connaissances dans le domaine des nouvelles technologies.
Les solutions permettant de mettre en valeur l’archéologie de la Suisse sur Internet existent. Elles vont de l’amélioration des informations sur Wikipédia à la création d’un portail d’actualités de l’archéologie suisse en passant par la réalisation d’applications pour téléphones mobiles intelligents. Certaines n’entraînent aucun frais alors que d’autres supposent des ressources et un ancrage institutionnel. L’établissement d’un catalogue de solutions et de mesures est le but que ce groupe de travail « Nouvelles technologies et médias » doit maintenant poursuivre d’ici à 2015.
Lire encore à ce sujet une note sur le blog Archéo Facts tenu par Robert Michel.
Slides de la présentation
vendredi 30 novembre 2012
Calendrier de l'Avent 2012
Le Calendrier de l’Avent 2012 est consacré à l’âne. Cet animal, à la fois humble et têtu, fait partie de l’imagerie de Noël. Il réchauffe l’enfant Jésus dans sa modeste couche. Il accompagne la Sainte Famille dans sa fuite en Egypte. Ces épisodes des Evangiles ont inspiré des artistes, de même que l’arrivée de Jésus à Jérusalem sur un âne le dimanche précédent sa mort. Mais l’âne est aussi un animal domestique, chargé de lourdes tâches accompagnant les humains dans leurs destins heureux ou malheureux. Il est aussi la monture favorite des enfants. Sous tous ces aspects, il est devenu un sujet pour les peintres. Ce calendrier de l’Avent lui rend hommage.
On peut découvrir ce Calendrier de l’Avent sous plusieurs formes:
- Web: le calendrier est intégré dans une page de ce blog.
- La version intégrée dans le blog présente des détails des peintures sélectionnées. Les peintures complètes sont à découvrir chaque jour dans Pinterest.
- Nos premiers calendriers de l’Avent ont été créés dans Second Life. Nous maintenons encore la tradition cette année. Vous pouvez découvrir une version géante du calendrier dans le cadre idyllique du Monastère, décoré pour la période de Noël. Deux ânes vous y attendent.
Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir avec ce calendrier de l’Avent. Quant aux petits curieux qui chercheront à découvrir les images en avance, ils en seront pour leurs frais. En effet, l’âne est une image couramment utilisée comme métaphore de certains défauts humains.
dimanche 28 octobre 2012
Lascaux 1, 2, 3 et peut-être 4
Une exposition consacrée à Lascaux se tient à Bordeaux du 13 octobre 2012 au 6 janvier 2013 (Cap Sciences, Bordeaux – Hangar 20, Quai de Bacalan). Elle entamera ensuite une tournée mondiale dont les deux premières étapes sont Chicago et Montréal. De nombreux musées ont manifesté leur intérêt pour recevoir cette exposition pour quelques mois. Ce projet a été réalisé par le Conseil général de la Dordogne, avec la participation financière du Conseil Régional d’Aquitaine, du Ministère français de la Culture et de la Communication et de l’Union européenne.
Pour rappel, Lascaux, découverte en 1940, a été fermée au public en 1963 par André Malraux, alors ministre de la culture, à cause des détériorations provoquées par la présence humaine sur les fragiles peintures préhistoriques. La présente exposition constitue en fait un Lascaux 3, faisant suite à la reconstitution qui se trouve près de la grotte de Lascaux dans le Périgord. Les visiteurs pourront découvrir les panneaux grandeur nature dans une grotte dont l’éclairage a été créé de manière à reproduire celui des lampes à huiles et des torches utilisés par les hommes de Cro-Magnon, il y a 20’000 ans. Ces panneaux représentent des parois ornées de la Nef et de la scène du Puits, dont deux sont inédites:
- Le Panneau de l’Empreinte
- La Vache Noire
- Les Bisons adossés
- La frise des Cerfs
- La scène du Puits
Les restaurateurs ont utilisé les mêmes pigments que les artistes de Lascaux. Le support est une coque de résine sur lequel est appliqué une partie minérale. Des moulages d’objets originaux de Lascaux (pointes, sagaies, la célèbre lampe en grès rose…), ainsi que des reconstitutions anatomiques d’une famille de Cro-Magnon sont également présentés. À partir d’un modèle virtuel de la grotte, composé de milliards de points géo-référencés relevés au laser, le réalisateur Maurice Bunion a conçu un film en 3D, que les visiteurs pourront voir avec des lunettes et qui sera projeté sur un écran spécial.
Un Lascaux 4 en préparation
Le Centre international d’art pariétal est un projet visant à construire un fac-similé complet de Lascaux (Lascaux 4), alors que Lascaux 2 n’en représente que 50%. Un bâtiment de de 7 800 m² pouvant accueillir 400 000 visiteurs par an est prévu. Malheureusement, le gouvernement français vient de se désengager de ce projet et ses initiateurs cherchent de nouveaux financement, dans le privé notamment.
Le recours aux substituts
L’exemple de Lascaux nous le rappelle. Le recours à des substituts, des copies, des fac-similés, des reconstitutions, est parfois une nécessité. La visite d’un site comme Lascaux n’est simplement pas possible. Ce n’est pas le seul site inaccessible. Que l’on songe à cet autre monument de l’art pariétal qu’est la grotte de Cosquer. Même si elle était ouverte au public, il faudrait encore être un plongeur expérimenté pour y parvenir. Les musées recèlent aussi de nombreux objets qui ne peuvent pas être exposés ou seulement pour des périodes limitées. D’autres ne peuvent pas être transportés, car trop fragiles. Le substitut constitue donc un moyen de présenter ou de faire connaître de telles oeuvres. Il est évident que la présence de l’original peut provoquer une émotion intense, alors qu’une copie permet simplement d’en prendre connaissance. Comme on le voit avec la recréation de l’éclairage d’origine ou un film en 3D dans cette nouvelle exposition consacrée à Lascaux, les nouvelles technologies permettent aussi de faire de la visite d’un fac-similé une expérience inoubliable. La réalité augmentée permet même d’ajouter ce que le temps a effacé. Dès lors, il ne s’agit plus de simples copies, mais de substituts prolongeant le réel. Le danger de ces technologies est sans doute de banaliser la réalité, de la rendre inintéressante face à l’immersion dans un univers virtualité. En même temps, elles permettent de mettre en valeur le patrimoine dans un grand public de plus en plus habitué aux grandes sensations du cinéma 3D.
dimanche 2 septembre 2012
Le musée virtuel
Une étudiante m’a adressé un questionnaire sur le musée virtuel. Je publie ici les réponses que je lui ai faites.
Pouvez-vous m’expliquer en quoi consiste votre travail ?
J’ai étudié l’archéologie, le grec ancien et le latin à l’Université de Neuchâtel en Suisse. J’ai ensuite étudié l’anthropologie religieuse à l’Université de Paris IV. Professionnellement, je suis responsable des sites Internet d’un département de l’administration fédérale suisse, l’équivalent de vos ministères. Il y a quelques années, j’ai fait un Mastère en administration publique à l’Institut des Hautes études en administration publique à Lausanne. C’est à ce moment-là que je me suis intéressée au musée virtuel. Pour mon travail de diplôme[1], je voulais concilier mon domaine professionnel et mes études. J’ai fait une étude sur l’utilisation d’Internet par les musées suisses. La Suisse compte presque 1000 musées. C’est le pays au monde qui a la plus haute densité de musées par habitant. J’ai constaté que l’usage d’Internet se limitait essentiellement à la communication institutionnelle. Les musées suisses sont nombreux, mais de taille moyenne ou petite. Ils n’ont souvent pas la possibilité d’investir des moyens dans des projets de mise en ligne de leurs collections. J’ai proposé qu’ils s’allient pour publier leurs collections en ligne, ce qui va dans le sens d’un musée virtuel. Le Canada a créé un musée virtuel qui constitue un très bon modèle, mais qui est resté une expérience plutôt unique[2].
Après avoir terminé mon Mastère, j’ai ouvert un blog[3] pour continuer de travailler sur ce thème, j’ai écrit quelques articles, donné des cours et des conférences[4]. Je suis aussi active dans les médias sociaux.
Quelle est votre conception d’un musée virtuel ?
La réponse à cette question dépend du sens que l’on donne au terme virtuel. Dans le domaine informatique, notamment dans celui du développement 3D et des jeux, on a utilisé ce terme pour désigner des univers ou des créatures dont le comportement correspond en partie au monde réel. On parle aussi d’images de synthèse. De ce fait, virtuel est souvent entendu comme factice, irréel, lié à l’illusion. Pour ma part, j’adopte la définition issue de la philosophie scholastique et reprise par Pierre Lévy, dans son ouvrage « Qu’est-ce que le virtuel ? »[5] :
Le mot virtuel vient du latin médiéval virtualis, lui-même issu de virtus, force, puissance. Dans la philosophie scolastique, est virtuel ce qui existe en puissance et non en acte. Le virtuel tend à s’actualiser, sans être passé cependant à la concrétisation effective ou formelle. L’arbre est virtuellement présent dans la graine. En toute rigueur philosophique, le virtuel ne s’oppose pas au réel mais à l’actuel : virtualité et actualité sont seulement deux manières d’être différentes.
Pour plus de détails : http://be-virtual.ch/blog/?page_id=34
Un musée virtuel n’est donc pas un ersatz de musée réel, une pâle copie de ce que l’on peut trouver dans le monde réel. Le musée virtuel transcende les musées de briques et de ciment, limités à leurs murs et à leurs collections (qui sont constituées d’une suite de hasards) pour permettre des regroupements que seul l’esprit pouvait opérer autrefois. Il existe plusieurs possibilités de mettre en place un musée virtuel. Malraux voyait la photographie comme un moyen de réunir ce que des musées avaient séparés. Les technologies de l’information constituent un outil puissant de virtualisation du patrimoine. Il est possible de réunir les œuvres d’un même artiste en les numérisant. L’œuvre de Paul Klee a par exemple entièrement été numérisée par le Centre Paul Klee (Berne, en Suisse), y compris les œuvres issues de collections privées[6]. La collection numérisée est consultation au Centre.
Grâce aux technologies de l’information, il est possible de réunir des œuvres ou des objets selon différentes logiques : chronologique, thématique, géographique, et cela sans les changer de vitrine, sans les déplacer avec des frais d’assurance onéreux. Cette virtualisation est possible à l’intérieur de la collection d’un musée ou bien à l’échelle d’une région, d’un pays (c’est-à-dire au-delà des institutions muséales).
Grâce à la virtualisation des collections, il est aussi possible de créer des expositions virtuelles en ligne ou bien de laisser le public devenir dans une certaine mesure un curateur, en lui donnant la possibilité de créer ses propres galeries.
Quel est pour vous l’avantage pour un musée physique d’avoir une visite virtuelle du musée, ainsi qu’un musée virtuel ? Est-ce une image de marque, de différenciation des ses concurrents ?
Si on entend par visite virtuelle du musée, la possibilité, pour un internaute, de visiter les différentes salles d’un musée à la manière de Google Street View, les avantages sont relativement restreints. La visite virtuelle permet au public distant de découvrir le musée tel qu’il se présente et éventuellement de préparer ou de se remémorer une visite.
Un musée virtuel dans le sens décrit ci-dessus semble plus intéressant. Seule une petite partie des collections sont présentées dans les salles des musées. D’autres sont prêtées pour des expositions. Beaucoup de pièces dorment dans des dépôts et sont difficilement accessibles. Un musée virtuel permet de les découvrir.
Un musée virtuel permet aussi de mettre en valeur les pièces d’un musée et cela de diverses manières :
- en créant des expositions virtuelles
- en laissant le public « s’approprier » les collections en ligne : en créant des galeries, en partageant des œuvres avec des amis ou sur les médias sociaux, à travers des applications permettant d’associer des œuvres avec différents critères, …
- en offrant des fonctionnalités permettant de visualiser les objets de manière différente : visualisation en 3D, zoom, …
- en donnant la possibilité d’accéder à plusieurs couches d’informations liées aux pièces du musée, y compris à des méta-informations et des informations contextuelles,
- en créant des manières visuelles d’accéder aux œuvres : frise chronologique, carte géographique, etc.
- en mettant à disposition des outils de recherche et un dossier personnel pour conserver ses recherches (essentiellement pour les chercheurs)
Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle montre à quel point un musée virtuel peut multiplier les possibilités de découverte d’une collection. Cette expérience ne remplace en rien la visite dans le musée réelle. Elle en constitue un complément.
Evidemment un tel musée virtuel peut ne dépendre d’aucun musée ou alors constituer une collaboration entre plusieurs musées. Un musée peut aussi décider de virtualiser sa propre collection, en mettant en valeur des pièces d’une autre manière qu’en les présentant dans les salles, en montrant des pièces qui sont dans les dépôts, en liant des pièces avec celles d’autres musées.
Un musée virtuel bien fait contribue certainement à la bonne réputation d’un musée, mais l’absence de musée virtuel ne lui nuit pas de manière définitive. En revanche, la forme du musée virtuel s’impose sur Internet comme un outil de marketing. Plusieurs entreprises présentent leur histoire de cette manière et Intel a créé un véritable buzz avec son projet « Museum of me »[7]. Adobe a créé un musée d’art contemporain en ligne[8].
Quels peuvent être les effets négatifs pour le musée d’avoir un musée virtuel ou une visite virtuelle ?
Je n’ai jamais entendu dire qu’on avait constaté une baisse de la fréquentation d’un musée parce que sa collection était disponible en ligne. Plus je travaille sur ce thème, plus je pense qu’il s’agit de deux expériences différentes sans aucune contradiction.
Le point noir réside certainement dans les coûts de développement et de maintien d’un musée virtuel.
Les musées sont en règle général frileux en ce qui concerne la mise à disposition de matériel photographique en ligne. Ils craignent que ces photos soient récupérées, réutilisées. Personnellement je trouve que c’est un tort. Dans le monde réel, la valeur est liée à la rareté, alors que dans le monde numérique, la diffusion de nombreuses copies sur Internet est un signe de succès. Internet et les technologies de l’information ont provoqué l’ouverture d’un débat sur la propriété intellectuelle. Sur Internet, de nombreux utilisateurs sont adeptes des licences « domaine public » ou à la carte (Creative Commons). De nombreux objets qui se trouvent dans les musées sont dans le domaine public. De plus, leur conservation et leur présentation sont financées par des fonds publics, soit l’argent du contribuable. Pourquoi leur image ne serait pas à la disposition des internautes pour que ces derniers puissent les réutiliser (par exemple pour illustrer une note de blog) ? Certains musées n’hésitent pas à publier des séries de commons dans Flickr ou Wikipedia, pour faire connaître leur collection[9].
Quel est l’avenir des musées s’ils n’intègrent pas les nouvelles technologies sur leur site Internet ?
Pour répondre à cette question, il faut partir des différents missions d’un musée. En principe, un musée a pour buts de collecter, conserver, étudier et mettre en valeur des pièces appartenant au patrimoine. Ce sont des buts qui font consensus parmi les spécialistes des musées[10]. Les nouvelles technologies contribuent essentiellement à la mise en valeur des collections, comme je l’ai montré plus haut. Elles peuvent dans une certaine mesure contribuer aux autres buts, mais de manière moins significative. On peut, par exemple, considérer la numérisation comme un moyen de conservation. Les technologies de l’information servent aussi à la recherche et à la diffusion de ses résultats. Enfin le marché de l’art est assez actif sur Internet et on peut y découvrir des objets en vente. La diffusion sur Internet d’œuvres volées permet aussi de les identifier.
Les musées ont des buts qui leur sont assignés par d’autres acteurs. Ainsi ils jouent un rôle essentiel dans les projets d’urbanisme. Ce but leur est assigné par les villes, les régions, les collectivités publiques. La revitalisation d’un quartier peut englober la construction d’un musée, qui est en même temps une œuvre architecturale d’importance. Dans une étude menée en Suisse auprès des visiteurs des musées, ces derniers sont nombreux à voir la visite d’un musée comme une activité sociale. Le musée est de plus en plus un lieu de sociabilité : on y va en couple, en famille, avec des amis[11]. Les activités annexes d’un musée prennent de l’importance au détriment des surfaces d’exposition : boutique, cafétéria, auditorium, activités pour les enfants, conférences, etc. Cela montre bien que le musée en tant que lieu n’est pas mis en danger par la numérisation de ses collections. En revanche, on peut se demander ce que les visiteurs retiennent vraiment de la visite d’un musée et si l’exposition en salle est le meilleur moyen de faire connaître une œuvre[12].
Les réflexions sur le musée virtuel ont fait naître un débat sur la question de l’original, sacralisé, et des substituts[13]. Dans le passé, de nombreux musées présentaient des copies. Que l’on songe aux musées de moulage. Cette pratique ne choquait personne et permettait de diffuser des œuvres à une époque où les gens voyageaient moins.
En conséquence, les musées resteront des lieux de visite et de socialisation. En revanche, si un musée veut vraiment faire connaître ses collections auprès d’un public plus large, au-delà du cercle de ses visiteurs, il a intérêt à avoir recours aux technologies de l’information et à mettre en valeur des œuvres sur Internet.
A qui est destiné le musée virtuel/visite virtuelle ? Est-ce le même public que dans le musée in situ ou bien d’autre ?
Le musée virtuel s’adresse à des personnes actives sur Internet. Il peut s’agir de personnes curieuses ou de spécialistes. Dans une certaine mesure, il s’agit du même public qui se rend dans les musées, intéressé par la culture. Cependant il s’agit d’expériences différentes, faites à des moments différents.
Il faut aussi penser que le musée virtuel permet de rendre le musée accessible à des personnes qui n’auront jamais l’occasion de s’y rendre en personne : personnes venant d’autres contrées et qui n’ont pas ou peu de moyens de voyager, personnes handicapées, etc. De plus, les ressources en ligne constituent une source importante d’information pour les enseignants.
Que pensez-vous de l’intégration du public dans le musée virtuel? Et de l’extension des musées sur les réseaux sociaux ?
Il s’agit d’un développement important et non pas d’un effet de mode. Les médias sociaux sont à utiliser à deux niveaux. Tout d’abord ils contribuent à la communication institutionnelle. En effet, avoir un site Internet ne garantit pas que le public le trouve et le consulte. Etre présent sur les réseaux sociaux permet de toucher un public plus large et de faire connaître son offre en ligne.
Ensuite, les musées peuvent intégrer ces médias sociaux dans leurs propres processus. L’intégration de fonctionnalités inspirées des médias sociaux donne la possibilité au public de s’impliquer et devenir, dans une certaine mesure, un curateur, en mettant en évidence ses préférences pour certaines œuvres (même si les critères du public et des experts divergent). L’exemple le plus évident est celui de l’indexation sociale ou folksonomy : cette fonctionnalité permet aux internautes d’attribuer des mots-clés aux objets du musée présentés en ligne.
Enfin, une muséographie virtuelle ou une curation virtuelle utilisant les techniques du crowdsourcing émerge sur Internet, hors du contexte muséal classique. Elle ne s’intéresse pas forcément au contenu des objets culturels classiques, mais à la culture digitale[14]. Une chercheuse australienne a montré que YouTube était (entre autres choses) un musée virtuel de la télévision dont le curateur était l’ensemble de ses utilisateurs[15]. Par le fait de l’intelligence collective, des émissions remarquables ont été proposées, sélectionnées et mise en valeur.
Un musée virtuel ou bien une visite virtuelle sont-ils des effets de mode ou sont-ils voués à disparaître ?
Les technologies permettant de créer visites virtuelles répondent en partie à des effets de mode. On est passé des panoramas 360 degrés à la présentation dans le style de Street View.
Un musée virtuel n’est pas un effet de mode. Le musée virtuel a précédé Internet. Le patrimoine est en fait un musée virtuel qui s’actualise sous diverses formes : un musée de briques et de ciment, une publication avec des photos, un musée des moulages ou un musée virtuel sur Internet en constituent des actualisations. Chacun a un musée virtuel dans sa tête et peut essayer de l’actualiser. Un conservateur de musée peut avoir des présentations virtuelles alternatives à celles des vitrines de ses collections. Les technologies de l’information ont cependant une telle flexibilité qu’elles donnent aux collections en ligne des propriétés de virtualisation. Ainsi le moteur de recherche permet d’actualiser une série d’œuvres correspondant à un certain critère. Ces technologies de l’information continuent à questionner.
Une des tendances très actuelles est la réalité augmentée. Avec l’essor des téléphones portables, il est possible d’accéder à des informations liées au lieu dans lequel on se trouve et même de les visualiser. Il s’agit d’une technologie pleine de promesses pour la mise en valeur du patrimoine in situ.
De manière globale, les technologies de l’information ne constituent pas un effet de mode, mais une révolution. Que l’on songe à toutes les activités qui ont été profondément modifiées par Internet : communication, presse, commerce, tourisme, musique, etc. Comment les musées pourraient-ils échapper à cette tendance ? Ils ne sont pas en danger en tant que lieu, mais Internet interroge leurs pratiques dans le domaine de la valorisation du patrimoine.
[5] Pierre Lévy, Qu’est-ce que le virtuel ?, La Découverte, Paris, 1995
[11] Arlette Mottaz Baran, Publics et musées en Suisse: représentations emblématiques et rituel social, Peter Lang, 2005
[12] Sur cette question, voir Francesco Antinucci, Musei virtuali: come non fare innovazione tecnologica, Laterza, 2007
[13] Sur cerre question, voir Bernard Deloche, Le musée virtuel: vers une éthique des nouvelles images, Presses universitaires de France, 2001
[14] Voir ma contribution dans Roger Gaillard, Exposer des idées, questionner des savoirs. Les enjeux d’une culture de sciences citoyennes, Neuchâtel, 2010
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