samedi 9 février 2013

Retour vers le réel

Je suis les conférences Lift depuis plusieurs années et elles nous avaient conduit vers un monde de plus en plus virtualisé. Tout devenait virtuel, jusqu’à l’argent. Les réseaux sociaux conduisaient à une société liquide, au sens où le sociologue Zygmunt Bauman l’entendait. Cette année, c’est le grand retour vers le réel. La technologie n’est plus l’outil qui veut nous affranchir de la réalité. Elle veut au contraire nous en rapprocher. Deux aspects essentiels ont été traité: celui des organisations et celui des artefacts. Dans le domaine des organisations, la question essentielle est de savoir comment ces dernières peuvent s’adapter et survivre dans un environnement complexe et en perpétuelle mutation. Le monde des technologie a inventé des méthodes de gestion permettant de développer des projets rapidement et efficacement et ces méthodes peuvent s’appliquer maintenant à l’ensemble des entreprises. La démocratie peut aussi utiliser les technologies pour permettre aux citoyens de participer d’une manière plus large.
Les objets qui nous entourent redeviennent le centre des technologies. Les imprimantes 3D matérialisent les créations numériques. Les téléphones portables servent à intégrer de nouvelles fonctionnalités dans des objets usuels comme des plateaux de jeu et disparaissent de notre vue. Des kits électroniques permettent de créer soi-mêmes des artefacts, reliés à Internet ou pas. Grâce à la plateforme Etsy, il est possible d’acquérir les objets fabriqués par des milliers d’artisans à travers le monde. Sans oublier les plaisirs des sens: grâce à une application, on peut régler l’intensité d’un vibromasseur. L’objet, celui qui le conçoit (designer) et celui qui le fabrique (artisan) sont de retour. Finalement les savoir faire n’ont jamais disparu, liquéfiés dans l’univers numérique. Ils se sont réinventés, comme ils n’ont jamais cessé de le faire. S’ils ont survécu à la mécanisation, à la machine à vapeur, à l’électricité, à l’électronique, ils survivront aussi à l’informatisation. Mieux encore, ils en tireront parti.
Imprimante_3D
Il faut voir cette évolution comme un signe de mûrissement des nouvelles technologies. Elles ont d’abord exploré la virtualisation à travers un voyage fascinant, au cours duquel on a cherché à tout numériser: textes, images, sons, relations sociales, etc… . Maintenant elles s’intéressent à l’actualisation. On en revient à la réalité tangible, aux objets, aux lieux, aux surfaces. Mais il faut être conscient que virtualisation et actualisation forment un cycle, comme l’a bien montré Pierre Lévy. On voit déjà des questions qui pointent sur les retombées des imprimantes 3D dont l’usage est à double sens. Un réparateur qui téléchargera et imprimera des pièces détachées en fait un usage intelligent, contrairement à celui qui produira toutes sortes de gadgets inutiles et qui ne contribuera qu’à créer plus de déchets. Rappelons-nous qu’on a jamais tant imprimé depuis que les imprimantes numériques existent. Il ne faut cependant pas tomber dans le catastrophisme. Les neurosciences nous apprennent que les technologies ne font qu’imiter la nature et ne s’en éloignent jamais tout à fait: c’était le cas de l’écriture et de la musique. C’est certainement aussi celui des technologies actuelles qu’on accuse peut-être à tort de toutes sortes de maux. Cela nous incite à penser que ces cycles de virtualisation et d’actualisation se succéderont, apportant tour à tour des correctifs aux exagérations. Bien entendu, cela ne dispense pas l’homme de se montrer responsable, critique vis-à-vis des technologies et de leurs applications. Il faut espérer qu’un jour, on parlera de philosophie et d’éthique à Lift.

vendredi 8 février 2013

Lift tombe le haut ...

Lift ose tout et consacre une session au divertissement pour adultes, mais bien entendu pour montrer combien ce monde est générateur d’innovations dans le monde d’Internet. Âmes sensibles s’ abstenir. Le présentateur commence par rappeler l’existence de workshops en parallèle. Kate Darling, chercheuse au MIT, rappelle qu’il s’ agit d’une industrie. La demande pour ce type de contenu est très forte. Elle correspond à 20-30% du trafic sur le Web. Il y a peu d’études à ce sujet. La propriété intellectuelle en est l’un des enjeux. La protection des données également. Le site You Porn a remis le modèle en question. Il est difficile de vendre seulement le contenu. Il faut des services et de l’expérience en plus pour gagner de l’argent. L’expérience se fait autour des webchats et des possibilités d’interaction. Cette industrie est en constante mutation. Elle voit dans les technologies une opportunité. Garion Hall, qui s’ occupe d’un site pour adultes, en explique les pilliers: la plateforme, le contenu, les services et le paiement. Il assume son business tout en se réclamant d’un certaine responsabilité sociale envers ses employés, ses modèles et ses clients. Il précise que son activité a été très profitable entre 2004 et 2009 et qu’elle est moins rentable actuellement. Heather Kelley, Game Designer, a conçu une application pour iPad permettant de commander un vibromasseur. Elle en a fait la démonstration en faisant vibrer l’appareil déposé sur une assiette. Les sites pour adultes constituent un part non négligeable d’Internet, mais dont on parle rarement. Lift l’a fait …

Avalanche d'informations

La première session de vendredi est consacrée aux moyens de gérer l’avalanche d’informations générée par les nouvelles technologies. Comment s’y retrouve-t-on ?
Atau Tanaka nous parle de la prochaine révolution technologique liée à l’émergence des imprimantes 3D à bas prix. Que ferons-nous avec ces imprimantes? Il est possible d’imprimer en 3D des foetus, ce qui semble plutôt morbide.  Est-ce la fin du design? Une nouvelle voie pour la créativité? On parle de “crapjets” pour désigner des objets en basse résolution imprimés en 3D. Plutôt moche … Et que dire des conséquences environnementales. Ferons-nous un usage responsable de ces nouveaux instruments? Un usage dionysiaque, excessif ou un usage apollinien basé sur la qualité et l’excellence? La 3D entrera-t-elle dans le monde du bricolage, comme le laisse penser l’apparition de logiciels 3D grand public? Que de bonnes questions avant de voir nos maisons envahis d’objets hideux et inutiles !
Sebastian Dieguez porte la vision des neurosciences sur les technologies. De nombreux articles parlent des problèmes causés par les nouvelles technologies. La liste de troubles supposés; dont le syndrome FOMO, est longue. Il y a cependant peu d’évidences scientifiques.  Il faut renverser la question: comment le cerveau impacte les technologies ? Trois exemples en donnent une idée.  Premier exemple : une expérience démontre que le système tactile peut avoir une illusion,  comme sentir un objet externe.  Cela peut être exploité.
Deuxième exemple : l’hypothèse Changizi-Dehaene postule que le système d’écriture détourne le cerveau. L’écriture est une technologie. Elle est faite de traits, en moyenne trois. Il y a un nombre limité de possibilités.  On étudie la fréquence d’apparition de ces combinaisons. En prenant une base d’images de la nature prises au hasard,  on trouve aussi des lignes.  La fréquence d’apparition est identique.  Il y a un endroit dans le cerveau sensible à ces lignes et l’écriture s’ y est conformée. La culture est en phase avec la nature. Il en va de même avec la musique (cultural harnessing or recycling). Dernier exemple : le cerveau humain a des limites.  Il faut les exploiter.  On demande à des gens de donner au hasard des chiffres entre 1 et 6. C’est très difficile.  Ils essaient d’éviter les répétitions et ensuite ils font des cycles.  Le cerveau n’arrive pas à oublier ce qu’il a dit. C’est pourquoi c’est une tâche impossible. Pour terminer, voici les conseils du neuroscientiste à ceux qui développent des nouvelles technologies : il faut se laisser inspirer par la nature, se concentrer sur une seule tâche et exploiter les biais et les failles du cerveau.

Réinventer l'artisanat

Lift consacre une séance à l’importance des métiers et des pratiques artisanales.
Caroline Drucker évoque le retour de l’artisanat, notamment à travers le site Etsy. Comment les petites entreprises, les artisans peuvent survivre dans le monde globalisé ? Comment accéder au marché.  Les barrières sont le manque de connaissances,  l’accès au capital? Il y a des plateformes de crowdfunding pour ke financement.  Pour l’accès au marché,  il y a Etsy. Le site compte 800’000 boutiques. Le chiffre d’affaire continue à croître. Le secret du succès: décentralisation,  transparence et efficacité. 72% des vendeurs sont des femmes.  Le site donne beaucoup d’informations sur leur boutique et ses résultats.  Des rencontres sont organisées pour améliorer les compétences entrepreneuriales.
Massimo Banzi nous parle de l’artisanat basé sur des produits électroniques.  Le but d’Arduino est de prendre quelque chose de complexe pour en faire quelque chose de simple.  La carte Arduino est utilisée dans des imprimantes 3D, des petits hélicoptères,  des capteurs pour plantes. Le hardware et le logiciel sont open source,  la documentation sous Creative Commons. Avec ce matériel,  il est possible de créer rapidement des objets,  pour valider son idée.
Oliver Reichenstein explique comment appliquer l’idée d’artisanat aux nouvelles technologies.  D’après Socrate, les politiciens sont des imposteurs, les poètes et les prophètes ne comprennent pas leur monde.  Seuls les artisans savent vraiment quelque chose.  L’artisan est celui qui a une maîtrise.
On peut être artisan dans le monde digital. Qu’est ce que le digital?  C’est ancien et pas du tout lié à l’électronique.  Le code digital le plus ancien est l’alphabet.  Les maîtres de l’époque classique ont étudié longtemps auprès de leurs maîtres, en s’enrichissant mutuellement: Platon est resté 10 ans auprès son maître Socrate.  Les maîtres de l’époque des Lumières ne se sont pas rencontrés: ils correspondaient par lettres. C’était des relations surtout intellectuelles.
Les artisans sont proches des choses et se ressemblent beaucoup d’une culture à l’autre. Ils apprennent de ce qu’ils font, progressent pas à pas. On peut devenir un artisan par soi-même. Pour devenir un maître, il faut trouver un maître et il faut le rencontrer réellement.
A noter qu’Oliver Reichenstein a créé une police de caractères uniquement pour sa présentation à Lift.
Par cette session très intéressante,  Lift rend compte du retour en force de l’artisanat, même dans les nouvelles technologies.

jeudi 7 février 2013

Porter un regard neuf

le second jour de la Conférence Lift Commence par une Session consacrée à la résilience. La question de fond est de savoir comment une organisation peut gérer la volatitité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté qui sont les caractéristiques du monde actuel.
Selon Venkatesh Rao, il faut reprendee le modèle du renard tel qu’il est décrit dans de nombreux contes et qui s’ oppose au modèle du hérisson. Il faut construire sur les contradictions et non sur des valeurs.  Il faut préserver la mémoire,  plutôt que de se baser sur son identité pré-établie.  A l’amour, il faut préferer l’aventure. Ainsi des valeurs, une identité, la vérité et l’amour vont finir par émerger.
Noah Raford commence par expliquer qu’il est difficile de prédire le futur dans Un monde complexe. L’anticipation est essentiel: un joueur de hockey dit qu’il est important de voir où le puck sera et non pas où il est. Cela demande de la souplesse d’esprit.  Il faut se demander ce qui va changer, imaginer des scénarios et prévoir des ressources.  Les modèles mentaux doivent être synchronisés. Une trop grande confiance peut être dommageable.  Il faut être capable de percevoir le présent. Il vaut mieux être surpris par des simulations qu’aveuglé par la réalité. Le Web change la manière dont nous pensons les prédictions, grâce aux médias sociaux et au crowdsourcing. C’est plus rapide et cela coûte moins cher. Il y aussi des outils permettant de visualiser la complexité. 
Konstantina Zoehrer raconte comment elle a décidé de quitter la Grèce et comment elle y est revenue pour travailler au (re) développement du pays suite à la crise qui y sévit. Elle nous invite à changer le regard que nous portons sur la réalité.   crise doit être vue comme la possibilité d’induire des changements.
Les conférenciers de ce matin nous invitent à changer nos modèles mentaux pour être capables de nous adapter dans un monde complexe en perpétuelle mutation.

Flexibilité dans l’entreprise

Lift consacre une session aux méthodes de gestion permettant d’intégrer dans l’entreprise la dose de flexibilité permettant l’innovation.  Ces méthodes s’ inspirent de celles qui permettent le développement de logiciels.
Dave Gray évoque la zone organisationnelle idéale pour l’innovation, qui ne doit être ni trop chaotique,  ni trop régulée. Il parle faut des unités semi-autonomes dans l’entreprise et certains services partagés. Il donne l’exemple de la profonde mutation induite par Lou Gerstner pour sortir IBM des difficultés que cette entreprise a connues dans les années 90, parce que la volonté de pratiquer certaines valeurs l’avait rendue rigide. Plutôt que des valeurs,  il faut construire une carte de la culture de l’entreprise,  qui décrit les croyances, les valeurs, les règles et les comportements.
Selon Abhijit Bhaduri, l’agilité est la capacité pour une entreprise de changer sa configuration initiale pour s’ adapter aux changements.  Comment de très grandes entreprises peuvent y arriver? Il donne l’exemple de Wipro, une entreprise indienne de 140’000 employés.  Il faut aller au-delà de l’entreprise.  Wipro a par exemple investi dans l’éducation.  Il faut savoir briser ses propres règles, changer le business model. L’âge moyen des employés est 29 ans.  L’entreprise est sans cesse à la recherche d’idées nouvelles et est prête à investir dans des échecs pour mieux apprendre. Les meilleures idées ne viennent pas forcément des experts,  mais de gens sans expérience ou connaissances spécialisées.
Daniel Freitag, fondateur de l’entreprise créant des sacs du même nom, ne nous dira rien à propos de sacs, de camions dont les bâches constituent la matière première,  ni d’autoroutes où roulent ces camions, mais de la structure agile de l’entreprise.  Une erreur à ne pas commettre: avoir des spécialistes,  des départements difficiles à gérer.  Il faut de l’intégration.  Freitag utilise la méthode SCRUM, issue du monde des technologies de l’information.  Le défi consiste à l’adapter à son propre business. Un déménagement a donné l’occasion de redéfinir l’environnement de travail.  Il y a partout des tableaux magnétiques permettant de dessiner des idées. Il faut distinguer l’organisation de projets du reste des opérations.  La planification du budget est très contre-productive. Les valeurs partagées existent: l’enjeu est de les garder, de les diffuser. Chaque nouvel employé reçoit une introduction.  Pour la vue d’ensemble, il y a un grand tableau analogique avec des couleurs donnant l’état des différents projets. 
Ces trois présentations montrent qu’il est possible, pour une entreprise,  quelle que soit sa taille, de rester innovante, pour autant qu’elle soit capable de sortir de certains sentiers battus.

mercredi 6 février 2013

Créativité mobile

La conférence Lift nous propose une session consacrée à la créativité que peuvent susciter les appareils mobiles. Selon Geoffrey Dorne, designer, les technologies mobiles changent de nombreux usages et sont porteuses d’innovation. Le principe est maintenant un usage, une app. En tant que designer, il faut être à l’écoute des signaux faibles.
Il y a un retour au côté sensible, émotionnel dans les apps, notamment avec la fonction tactile. On a envie de toucher la musique.
Il y a un retour à la matérialité: l’imitation du réel dans le virtuel n’est plus intéressante (skeuomorphisme). On sort du téléphone et on envoie une carte postale réelle. L’ipad devient le plateau du jeu, mais on utilise des vrais pions.
Demain le téléphone va se dématérialiser, se cacher sous le plateau de jeu ou dans un autre dispositif. Il ne sera plus qu’une machine à capter.
Il y aura plus de proximité entre l’objet et l’intime.  Les usages et les apps sont à prendre comme des signes d’évolution sociale, d’où l’importance de rester à l’écoute des signaux faibles.
Christopher Kirkley observe la création culturelle en Afrique de l’ouest. Les téléphones portables y sont utilisés différemment. Ils permettent de créer des images et des vidéos que les gens partagent ensuite d’appareil à appareil. Elles circulent dans un réseau de gens qui se connaissent et qui se déplacent. La musique constitue l’un des contenus les plus importants.  Elle est créée dans des studios de fortune et circule sur les téléphones. C’est un phénomène essentiel pour la diffusion de la culture des minorités.  De plus en plus de téléphones sont connectés à Internet en Afrique.  Cela permettra de décloisonner la création culturelle. 

Lift 13 : c'est parti !

Le premier après-midi de la Conférence Lift 13 est consacré au renouvellement que les technologies de l’information peuvent apporter à la démocratie aujourd’hui. Le conseiller administratif de la ville de Genève, Sami Kanaan est venu nous entretenir de ce sujet. Selon lui, la technologie peut soutenir les processus démocratiques, mais elle ne remplace pas les outils usuels de la démocratie comme un parlement. La démocratie a également besoin de temps. Maximilian Stern, directeur de foraus, parle de la démocratie collaborative. Au moment où de grands défis sont à relever, les partis politiques ont de moins en moins d’adhérents. Les gouvernements doivent trouver de nouvelles méthodes pour mieux intégrer la population dans les prises de décision: démocracie directe, participative ou délibérative. Maximilian Stern propose l’idée d’une démocratie collaborative qui permet aux gens de travailler avec le gouvernement pour trouver des solutions. Analyser, informer, débattre, avoir des expertises, planifier, s’engager en sont les ingrédients. L’Islande a, par exemple, utilisé les médias sociaux pour élaborer sa constitution. Nous avons maintenant un usage limité et partiel des technologies dans les processus démocratiques. Il s’agirait de les combiner maintenant. Mican Daigle propose de faire un upgrade de la démocratie. La démocratie est à la fois une idée et un système. On peut être d’accord avec l’idée et être en désaccord avec le système. Il y a plusieurs systèmes possibles: direct, représentatif. Tous deux présentent des désavantages. L’humain a ses propres limites: il ne connaît pas tout et ne fait confiance qu’à des personnes proches. Mican Daigle propose donc une démocratie en réseau. Les réseaux sont dynamiques, adaptables. Pour changer quelque chose, il faut créer un réseau. Mican Daigle serait bien inspiré d’étudier le système politique suisse. Gudrun Pétursdóttir nous raconte l’histoire de la révision de la Constitution islandaise. L’idée d’impliquer le peuple émergea. Une assemblée nationale de 1000 personnes choisies au hasard a été créée. Les résultats des discussions furent publiées le lendemain. Un conseil constitutionnel fut élu et son travail se fit de manière ouverte au public. Chacun avait la possibilité de participer. Le parlement doit maintenant adopter la nouvelle constitution. Il traite de la constitution depuis 2011 et de nouvelles élections sont prévues au printemps. La question de savoir si le parlement va enfin adopter ce texte auquel le peuple a tant participé reste ouverte. Ce qui est certain c’est qu’après cette initiative visant à donner la parole au peuple, il sera difficile de ne plus l’impliquer. Jake Levitas et Luc Meier présentent un concours de visualisation de données publiques provenant de plusieurs villes dont San Francisco. Les nouvelles technologies se sont déjà invitées dans le débat démocratique. Elles ne sont pas la panacée, présentent quelques problèmes comme la protection des données. En même temps, elles permettent une certaine participation, souvent à court terme; elles accroissent la transparence et elles peuvent contribuer à intégrer plus de monde pour résoudre des problèmes toujours plus complexes. Comme il y a plusieurs types de démocracie, il y a plusieurs voies pour intégrer les technologies dans la prise de décision. Néanmoins l’expérience politique que j’ai eu pendant des années dans une expérience de démocratie virtuelle dans Second Life m’a amenée à me méfier de la substition par des consensus issus de processus de consultation flous à des méthodes formelles d’élection et de vote. La validité et la traçabilité des décisions démocratiques doit être garantie.

samedi 19 janvier 2013

La visibilité de l’archéologie suisse sur le Web

Le projet HORIZONS 2015, soutenu par de nombreuses associations, groupes de travail et organisations d’archéologie, a pour ambition, au cours des années 2010-2015, de répondre aux défis posés à l’archéologie en Suisse : polémique sur la réduction du droit de recours des associations, augmentation des fouilles de sauvetage dû au boom de la construction, manque de temps pour l’élaboration des données acquises lors des fouilles d’urgence, insuffisance des structures nationales dans la mise en place de stratégies de recherche, de thèmes et de standards communs, coupes budgétaires, situation précaire de l’emploi pour de nombreux archéologues, réduction des effectifs des diverses associations, etc. Suite à un concours d’idées, plusieurs groupes de travail ont été mis en place, dont un groupe « Nouvelles  technologies et médias ». L’association HORIZONS 2015 a organisé une manifestation destinée à tracer un premier bilan des divers travers. Cette manifestation s’est tenue à Bâle le 18 janvier 2013.
 Evaluation de la présence de l’archéologie suisse sur Internet
Le groupe de travail « Nouvelles  technologies et médias », dirigé par Robert Michel (@archeofacts), et dont je fais également partie, a pour mandat de réfléchir à l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie suisse . Il a décidé de commencer ses travaux par un inventaire des ressources disponibles en ligne. Cet inventaire contient les sites Web des services cantonaux d’archéologie, des musées comportant une collection d’archéologie, des instituts universitaires d’archéologie, des organisations faîtières ainsi qu’un certain nombre de ressources en ligne liées à l’archéologie suisse.
Une fois l’inventaire établi, les différents sites ont été analysés selon une liste de critères : type de site (page d’information, site brochure, ressource), intégration dans un portail ou site indépendant, logique de la structure de navigation (thématique, organisationnelle, selon des tâches, géographique), présence d’actualités, de ressources en ligne (par ex. publications, rapports, …), de listes de liens vers d’autres sites, d’informations géo-localisées (par ex. carte archéologique), d’explications sur les méthodes de l’archéologie, d’informations concernant les procédures d’annonce de découverte ou les bases légales de l’archéologie.
Miroir de l’organisation de l’archéologie institutionnelle
Cette analyse des sites permet d’établir une première synthèse sur la présence de l’archéologie suisse sur Internet. Les informations disponibles sur le Web ne permettent pas de donner une image d’ensemble du thème en question. Elles constituent essentiellement un miroir de la manière dont l’archéologie est organisée, qu’il s’agisse d’archéologie préventive, de recherche académique ou de mise en valeur muséale. Le fédéralisme de la Suisse veut que l’archéologie préventive soit de la responsabilité des cantons. Il en va de même des universités. Quant aux musées, ils peuvent être intégrés dans une structure cantonale ou communale. Les sites d’organisations faîtières, sans doute pour respecter cette autonomie cantonale, se contentent de créer des liens vers les sites des diverses institutions. Il faut cependant être conscient que, pour une personne qui ne connaît pas le système suisse, la recherche d’information est quasi impossible. En effet, il faut savoir au préalable dans quel département de l’administration cantonale l’archéologie est intégrée ou dans quelle faculté d’une université elle est enseignée. Ainsi, presque tous les sites présentent des listes de publications et parfois les offrent en téléchargement en PDF. Ces publications sont éparpillées sur de nombreux sites. Une personne souhaitant s’informer sur le Néolithique suisse doit visiter donc tous les sites des services cantonaux d’archéologie. Il en va de même de la rubrique « Actualités » disponible dans la plupart des sites : il n’y aucun moyen de s’abonner à l’ensemble des actualités.
Plus grave encore, aucun des sites observés ne présente les principales périodes, cultures et objets représentatifs de l’archéologie de la Suisse dans une forme accessible au grand public et cela alors que les technologies de l’information permettent de mettre à disposition à peu de frais des informations sous des formes visuelles très attractives (frise chronologique, carte de géographie, galeries de photos par exemple).
Timeline MET
Le matériel photographique de qualité est rare. Les différentes institutions rechignent à mettre à disposition des images d’objets qui appartiennent pourtant au domaine public et qui ont été trouvés, conservés et mis en valeur majoritairement grâce à des fonds publics.
Les informations géo-localisées sont rares et, d’une manière générale, l’information archéologique ne tire pas parti des technologies les plus récentes, comme les téléphones portables équipés d’un GPS ou la réalité augmentée. Il n’y a pas de traces non plus d’utilisation d’applications collaboratives (Web 2.0). A part dans certains musées, les médias sociaux sont très peu utilisés.
Méconnaissance de l’expérience de l’utilisateur
Si les spécialistes locaux de l’archéologie, qui savent comment elle est organisée, peuvent éventuellement se contenter de la situation actuelle, elle ne satisfait pas d’autres groupes d’utilisateurs, dont voici quelques exemples : chercheurs étrangers, grand public suisse et étranger, touristes potentiels, écoliers, gymnasiens et étudiants, journalistes, décideurs et bailleurs de fonds.
Si les institutions archéologiques elles-mêmes ne mettent pas à disposition une présentation synthétique et grand public de l’archéologie de la Suisse, la manière dont elles publient leurs données et l’absence d’une culture du partage de l’information constituent un véritable blocage qui empêche cette information d’être accessible via des plateformes extérieures très utilisées. Ainsi une recherche sur Google avec le terme « Archéologie de la Suisse » conduit directement vers les sites d’organisations faîtières qui ne contiennent justement aucune information thématique, se contentant de renvoyer vers les sites des institutions cantonales.
Recherche Google
Requête sur Google avec le terme “Archéologie de la Suisse” effectuée le 19.01.2013 (cliquer sur l’image pour l’agrandir)
Pire encore, l’article « Archéologie suisse » dans Wikipédia, un des sites les plus consultés au monde, contient seulement une mention de la revue du même nom. Là non plus, aucune mention des principales périodes et cultures. Aussi bien sur Google que sur Wikipédia, on parvient à des résultats analogues avec des recherches en langue allemande.
Wikipédia "Archéologie suisse"
Des solutions ?
La présentation de ce premier bilan a provoqué une onde de choc lors de la rencontre de Bâle. En effet, chacun a pu prendre conscience qu’en dépit d’efforts louables, l’efficacité de la communication concernant l’archéologie de la Suisse à destination du grand public n’est guère efficace.
Pour remédier à cet état de fait, il faudrait effectuer une révolution culturelle. Il paraît en effet essentiel de sortir tout d’abord de la logique institutionnelle dans la communication à destination du grand public. Ensuite il faudrait adopter une attitude radicalement différente vis-à-vis des droits d’utilisation. Anecdote amusante : lors de la présentation de ces résultats, une personne dans le public a déclaré que lorsqu’il a demandé une photographie en version numérique à un musée, ce dernier lui a envoyé, en plus de la photo, une facture. Une représentante du musée en question s’est empressée de dire qu’il fallait prendre contact par téléphone pour avoir un rabais. Voilà qui rend la diffusion des informations singulièrement compliquée. Qu’on le veuille ou non, les découvertes archéologiques font partie du domaine public. Elles sont conservées, étudiées et mises en valeur grâce à des fonds publics. Il faut donc instaurer une culture du partage, en mettant à disposition des informations et des photographies sous des licences permettant leur réutilisation et utiliser les plateformes de partage de l’information les plus populaires comme Wikipédia ou Flickr. La nature et le format des informations pourraient aussi faire l’objet d’une réflexion : si la rigueur scientifique est de mise dans les publications à destination des archéologues professionnels, une approche journalistique et un accent mis sur des anecdotes illustrant le travail des archéologues et de ceux qui les entourent intéressera plus le grand public. Publier sur Internet ne suffit peut-être pas pour diffuser des informations. Les médias sociaux devraient être donc mieux exploités pour toucher un public plus vaste. Enfin il serait bon que les archéologues et notamment les étudiants en archéologie aient la possibilité d’acquérir des connaissances dans le domaine des nouvelles technologies.
Les solutions permettant de mettre en valeur l’archéologie de la Suisse sur Internet existent. Elles vont de l’amélioration des informations sur Wikipédia à la création d’un portail d’actualités de l’archéologie suisse en passant par la réalisation d’applications pour téléphones mobiles intelligents. Certaines n’entraînent aucun frais alors que d’autres supposent des ressources et un ancrage institutionnel. L’établissement d’un catalogue de solutions et de mesures est le but que ce groupe de travail  « Nouvelles  technologies et médias » doit maintenant poursuivre d’ici à 2015.
Lire encore à ce sujet une note sur le blog Archéo Facts tenu par Robert Michel.
Slides de la présentation

vendredi 30 novembre 2012

Calendrier de l'Avent 2012

Le Calendrier de l’Avent 2012 est consacré à l’âne. Cet animal, à la fois humble et têtu, fait partie de l’imagerie de Noël. Il réchauffe l’enfant Jésus dans sa modeste couche. Il accompagne la Sainte Famille dans sa fuite en Egypte. Ces épisodes des Evangiles ont inspiré des artistes, de même que l’arrivée de Jésus à Jérusalem sur un âne le dimanche précédent sa mort. Mais l’âne est aussi un animal domestique, chargé de lourdes tâches accompagnant les humains dans leurs destins heureux ou malheureux. Il est aussi la monture favorite des enfants. Sous tous ces aspects, il est devenu un sujet pour les peintres. Ce calendrier de l’Avent lui rend hommage.
Luc Olivier Merson, Repos pendant la fuite en Egypte, 1879, Museum of Fine Arts
On peut découvrir ce Calendrier de l’Avent sous plusieurs formes:
  • Web: le calendrier est intégré dans une page de ce blog.
  • La version intégrée dans le blog présente des détails des peintures sélectionnées. Les peintures complètes sont à découvrir chaque jour dans Pinterest.
  • Nos premiers calendriers de l’Avent ont été créés dans Second Life. Nous maintenons encore la tradition cette année. Vous pouvez découvrir une version géante du calendrier dans le cadre idyllique du Monastère, décoré pour la période de Noël. Deux ânes vous y attendent.
Calendrier de l'Avent 2012
Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir avec ce calendrier de l’Avent. Quant aux petits curieux qui chercheront à découvrir les images en avance, ils en seront pour leurs frais. En effet, l’âne est une image couramment utilisée comme métaphore de certains défauts humains.