dimanche 25 mai 2008

Je sème à tout vent

La fameuse devise du dictionnaire Larousse invite à la diffusion du savoir. Il faut admettre qu'Internet joue un rôle de plus en plus prépondérant dans la recherche d'informations et de connaissance. C'est en tout cas ce que laisse penser le fait que le moteur de recherche Google et l'encyclopédie collaborative Wikipédia soient parmi les sites les plus consultés.

http://www.comscore.com/press/data.asp

L'encyclopédie Wikipédia constitue de fait un véritable défi pour les encyclopédies traditionnelles. Ces dernières ont des contenus produits par des spécialistes et passant par divers contrôles de qualité. Elles ont fait une première mutation sur CD-Rom, il y a quelques années déjà. Le CD-Rom ne posait pas de problème de monétarisation. En revanche, la mise en ligne est plus complexe. Les principales encyclopédies proposent un abonnement:

http://www.oxfordreference.com/

http://info.britannica.co.uk/

http://www.universalis.fr/

Mais Wikipédia offre ses contenus gratuitement et, de surcroît, elle permet aux internautes de participer aux contenus. C'est certainement ce qui a incité Larousse à proposer le contenu d'une encyclopédie gratuiteme en ligne et à inviter tout un chacun à contribuer à son enrichissement. Le site Internet de l'encyclopédie comporte (ou comportera prochainement) même des fonctionnalités visant à instaurer une certaine collaboration entre les contributeurs. Les articles des internautes font aussi l'objet de votes.

Larousse

http://www.larousse.fr/

Si l'on compare Wikipédia et Larousse, on a deux modèles différents de collaboration.

- collaboration totale et partielle: Larousse offre potentiellement deux séries d'articles, ceux qui ont été composés par des experts et ceux des internautes. Wikipédia ne fait pas une telle distinction et mise sur l'intelligence collective pour l'amélioration de ses contenus.

- dans le cas de Larousse, chacun conserve la maîtrise de ses contenus, aussi bien les experts que les contributeurs libres. Une fonctionnalité permettant de proposer des modifications est cependant prévue pour les articles des contributeurs.

Il sera intéressant de voir si un mode de collaboration qui reconnaît encore un auteur à une contribution dans l'encyclopédie, même si cet auteur finit par bénéficier des informations d'autres internautes, suscite un intérêt. On quitte un peu le monde de la collaboration pour entrer dans celle de la participation. On peut d'ailleurs se demander qu'est-ce qui motivera les lecteurs à signaler des erreurs ou des améliorations dans un article de Larousse, alors que Wikipédia les autorise à intégrer les corrections eux-mêmes. C'est finalement le choix du contributeur qui sera déterminante: souhaite-t-il voir son texte être modifié (jusqu'à devenir méconnaissable) ou préfère-t-il composer un texte qu'il juge lui-même digne de publication et que seul le vote des internaute viendra sanctionner?

dimanche 18 mai 2008

Les amateurs

Un des livres qui a nourri le débat à propos du Web 2.0 porte un titre qui ne laisse aucun doute sur le parti-pris de son auteur: “Le Culte de l’amateur. Comment Internet détruit notre culture?”. Andrew Keen livre une critique impitoyable sur l’Internet d’aujourd’hui, se désolant de ce qu’on laisse le champ libre à des amateurs, alors que les positions de certains professionnels comme les journalistes, les libraires, les éditeurs de musique, sont de plus en plus fragilisées. Il regrette que les personnes de talent soient concurrencées par des amateurs, sans toutefois définir ce qu’il entend par talent. Même pour le terme amateur, l’auteur se contente d’une définition dictionnaire, sans chercher à savoir qui sont ceux qu’il nomme amateurs et pourquoi ils contribuent aux contenus d’Internet. Seuls les professionnels sont, à ses yeux, capables d’un travail sérieux. L’auteur défend un point de vue corporatiste et, de surcroît, il confond l’ensemble du Web participatif avec Wikipédia, le site dans sa ligne de mire. Il omet de mentionner le mouvement open source qui est le modèle de base pour la collaboration en ligne. Il ne fait pas la différence entre la collaboration où chaque participant est sur pied d’égalité (Wikipédia) et le crowdsourcing, c’est-à-dire le fait que l’on confie une tâche précise à une foule de personnes. Nous avons donné dans ce blog plusieurs exemples de projets de nature scientifique où des tâches sont confiés à une multitude de passionnés:

On pourrait encore mentionner ce site de crowdsourcing visant à traduire une encyclopédie rédigée en grec et datant de l’époque byzantine:

En fait, la limite entre amateurs et professionnels se fait de plus en plus ténue sur Internet. On compte parmi les blogueurs de nombreux professionnels qui parlent des sujets dont ils sont spécialistes, partageant leurs réflexions avec leurs pairs. Ils ont la compétence des professionnels, mais ils ne sont pas rétribués directement pour leur blog, qui fait plutôt partie de leur “self-marketing”.

Pour revenir au terme “amateur”, n’oublions pas qu’il vient du latin amare (aimer) et qu’il désigne quelqu’un qui a un goût vif pour quelque chose, quelqu’un qui cultive les beaux-arts sans en faire sa profession (musique, peinture) et, en mauvaise part, un homme d’un talent médiocre. Andrew Keen retient la dernière définition, alors que dans le domaine du Web collaboratif, c’est la seconde qui s’impose. De nombreuses personnes entretiennent et développent des compétences dans un domaine sans que cela devienne une profession, soit parce qu’ils ont découvert ce domaine a après leur formation, soit parce qu’ils l’ont étudié mais n’ont pas pu l’exercer professionnellement. De surcroît, il existe de nombreux domaines où mondes professionnels et amateurs coexistent sans que cela pose problème, comme le sport. Enfin, il faut peut-être retourner un peu dans le passé pour réaliser que la professionnalisation de la science est relativement récente. De nombreux domaines scientifiques doivent une partie de leur développement à des amateurs, au bon sens du terme.

Andrew Keen consacre de nombreuses pages de son livre à pleurer sur la mort ou la longue dégénérescence des industries du livre et de la presse, de la musique et du cinéma. Il attaque au passage le concept de longue traîne de Chris Anderson, sans toutefois livrer son argumentation (traiter une théorie d’utopique ne suffit pas). On commence toutefois à sortir de ce qu’on peut considérer comme le Web 2.0 stricto sensu. Il s’agit plutôt d’une révolution dans le mode de distribution de certains produits. Si le Web 2.0 y est pour quelque chose, c’est uniquement dans le phénomène des recommandations: les internautes ont la possibilité de créer des notices où ils donnent leur avis sur tel ou tel produit. Autrefois, les critiques faisaient les succès. Aujourd’hui ce sont les commentaires des internautes et les blogs. La longue traîne, plus qu’un modèle à suivre, est une constatation faite sur l’observation des ventes de livres dans Amazon. La distribution d’ouvrages ou de CD via Internet s’avère plus efficace, car elle met un produit à disposition de son public potentiel grâce aux mots-clés. Sur le fond et notamment sur la question de la propriété intellectuelle mise à mal par le Web actuel, de nombreux auteurs ont déjà mis en évidence le fait qu’elle devait être revue.

Andrew Keen se défend de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, ayant lui-même travaillé dans la Silicon Valley. Pourtant c’est bien ce qu’il fait. Son propos devrait se restreindre à ce qu’on appelle Web 2.0 ou Web participatif: la blogosphère, Wikipédias, etc. Mais il critique bien d’autres facettes d’Internet qui n’ont rien à voir avec la participation, comme les jeux d’argent en ligne ou les problèmes de sécurité. En ce qui concerne la critique de ce qui constitue exclusivement le Web 2.0, à savoir la participation et la collaboration, son argumentation est bien faible. Surtout, il ne met pas en balance les avantages (coût, mobilisation) avec les inconvénients (qualité, crédibilité). Le Web participatif et collaboratif doit encore mûrir. Mais quand on voit l’évolution de Wikipédia, qui a peu à peu mis en place diverses systèmes pour améliorer sa qualité, on est en droit de croire que c’est possible.

Ce que ce livre ne dit pas (ou trop peu), c’est la profondeur des changements qui sont en train de se produire. Les utilisateurs d’Internet ne veulent plus être passifs comme l’étaient les lecteurs des journaux papier. Ils veulent participer aux contenus. Mais il existe plusieurs degrés de participation, du commentaire à la co-création. Chacun finira par trouver sa place, qu’il soit amateur ou professionnel.

samedi 10 mai 2008

Nuage de mots-clés

Le nuage de mots-clés (ou tags cloud) s’est imposé comme mode de visualisation des contenus d’un site Web, soit à partir des mots utilisés dans le site, soit à partir des mots-clés déterminés par les auteurs du site ou encore à partir des termes utilisés dans le moteur de recherche. Il met en évidence les termes les plus courants grâce à un agrandissement proportionnel à leur incidence. Ce mode de visualisation a été popularisé notamment par des sites comme Flickr. Le nuage de mots-clés permet de prendre connaissance du contenu d’un site en un clin d’oeil, de voir les thèmes principaux abordés et aussi d’accéder aux pages où se trouvent les mots en question.

De nombreuses applications de publication sur Internet, comme les blogs, offrent cette fonctionnalité. Certains sites offrent également la possibilité de générer des nuages de mots et de les intégrer. Le nuage ci-dessus a été créé à partir du site http://web.mozbot.info/. Il s’agit cependant d’une copie d’écran, car WordPress ne reprend pas le code correctement. Ce site offre la possibilité de paramétriser le nuage de mots-clés, en choisissant les termes que l’on souhaite montrer dans une liste exhaustive, les couleurs, le nombre d’occurence minimale. Il est aussi de générer des expressions (comme “musée virtuel”) Ce qui manque en revanche, c’est d’associer les termes correspondant à une même entrée dans le dictionnaire: virtuel, virtuelle, virtuels, virtuelles apparaissent séparément. De plus, d’après les tests effectués, seule une page est prise en compte.

lundi 28 avril 2008

Lectures multiples


Le Web est virtuel. C’est presque un truisme que de le dire. On peut cependant s’interroger sur le fonctionnement de cette virtualisation. Un des éléments fondamentaux du Web est le langage qui le code: HTML ou Hypertext Markup Language. Il s’agit d’un langage descriptif: il permet s’insérer certains éléments entre deux balises indiquant leur nature. Par exemple, un titre principal est indiqué avec la balise h1:

<>Titre< / h 1 >

Ce langage donne essentiellement des indications concernant le style: titre, paragraphe, gras, italique,… Il permet aussi d’intégrer certains éléments comme les liens hypertextes et les images.

Ces balises sont invisibles pour l’internaute. Il ne voit que le résultat produit par son navigateur Internet. Chacun a pu remarquer que des navigateurs différents interprètent parfois autrement le code HTML. Mais les navigateurs ne sont pas les seuls logiciels qui lisent et interprètent le code HTML. Il y a aussi les logiciels permettant de lire les fils RSS ou les logiciels lisant à haute voix (de synthèse) les pages pour les non-voyants. Que cela signifie-t-il? A partir du moment où l’on peut un texte au format HTML, on ne maîtrise plus la lecture qui en est faite, car cette lecture n’est pas directe, mais se fait via un interpréteur. C’est le développeur de l’interpréteur qui décide de la manière dont une balise est rendue. Ainsi si je regarde ce même blog avec un lecteur de fils RSS, je le vois complètement différemment:

De nombreux lecteurs le voient ainsi et ne peuvent pas savoir si j’en ai changé l’apparence.

La lecture nous échappe donc, contrairement à ce qui se passent dans le monde de l’imprimerie. Cette lecture se virtualise dans la mesure où c’est le contenu qui va au lecteur et non plus le lecteur qui visite le site.

De nombreux outils parcourent le Web et lisent le code HTML: les moteurs de recherche, les aggrégateurs. Nos contenus apparaissent, entièrement ou sous forme de teasers, dans d’autres sites. Ils se virtualisent et il faut l’apprécier, car c’est ainsi qu’ils se font connaître des lecteurs.

vendredi 18 avril 2008

Faire une bibliographie en un clic

On parle beaucoup du Web sémantique. Ce concept reste néanmoins théorique aux yeux des non-spécialistes. Depuis peu, cependant, il est possible d’en trouver des applications qui, faute d’être parfaites, ont le mérite de nous montrer tout l’intérêt d’un web qui comporte des méta-données, c’est-à-dire des informations à propos des informations qu’on y trouve. Si l’on indique, par exemple, que les caractères “Jean Dupont” désignent un nom de personne, cela permettrait de retrouver plus facilement des personnes.

Depuis peu, un outil permettant le traitement et l’indexation des données est disponible librement. Il s’agit d’Opencalais, une technologie rachetée par Reuters et mise à disposition de tous gratuitement. Plusieurs applications sont désormais accessibles au public.

Parmi ces applications, l’une va permettre à l’utilisateur de réunir une liste d’ouvrages disponibles dans Amazon à partir d’un sujet décrit dans Wikipédia. Notons d’emblée que cela n’est possible que parce que les trois systèmes impliqués (Amazon, Wikipédia et Opencalais) sont ouverts aux développeurs qui souhaitent les intégrer à leurs applications.

Que fait le système en question? Quand on entre un terme, il recherche la notice dans Wikipédia et l’analyse. Il en tire une liste des termes essentiels. Il va ensuite dans Amazon pour rechercher les mots-clés correspondant et, s’il y a en a, les ouvrages qui traitent du sujet. En un seul clic, on parvient à obtenir une liste de livres disponibles sur un thème, simplement en exploitant des données déjà existantes.

Bien entendu, le résultat n’est pas encore parfait et les sources de l’imperfection peuvent provenir des trois systèmes. Les articles de Wikipédia sont de qualité inégale et pas toujours bien structurés. Amazon est une librairie en ligne et non pas un outil bibliographique. En ce qui concerne l’outil d’analyse, il génère une liste de termes-clés au moyen d’un algorithme. Dans le domaine du Web sémantique (on l’a déjà vu avec les images), il y a deux options: automatisation via des programmes ou recours à l’intelligence humaine via le crowdsourcing. Les deux méthodes ont leurs avantages et désavantages. Cependant la masse des données déjà disponibles sur Internet rend presque indispensable l’utilisation de programmes d’analyse des données.

http://kapustar.punkt.at/labs/knowledgelounge.org/

lundi 14 avril 2008

Structuration de données collaborative

Dans une encyclopédie, les connaissances sont présentées sous forme d’articles reliés entre eux par des liens ou des mots-clés. Il ne s’agit pas de données structurées. Les encyclopédies se prêtent donc bien à une transposition sur Internet sous forme de wiki, c’est-à-dire un système d’hypertexte collaboratif.

Depuis peu, les données structurées sont aussi devenues compatibles avec le Web 2.0. Il s’agit de données organisées selon un système hiérarchique et avec, pour chaque donnée, des informations obéissant à une certaine structure, des banques de données en somme. Il est désormais possible de publier des données et de participer à leur structuration sur le site Freebase.

http://www.freebase.com/

Sur ce site, il est possible (pour peu que l’on ait ouvert un compte gratuit) de:

  • ajouter des données à des séries déjà existantes. Le système compte actuellement plus de 20′000 livres, 38′000 films, 5000 bâtiments, 1000 vins et 60 fromages (là il y a encore un grand effort à faire).
  • discuter de questions concernant la structuration des données. Parmi les discussions en cours, on peut en relever une consacrée aux types de musées.
  • structurer les données

Freebase est aussi un système ouvert vers l’extérieur. Il est possible d’en réutiliser les données dans des applications, des sites web, des widgets. Parmi les réussites, on peut noter certaines réalisations:

  • Archiportal : Les bâtiments listés et décrits dans Freebase sont représentés sur une carte (Google Map)

    Bâtiments de la ville de Rome présents dans Freebase
  • History of sciences : une frise chronologique présentant les savants qui ont joué un rôle important dans le développement de la science, d’Anaximandre à nos jours. Un lien permet de retourner sur la notice complète dans Freebase.

Ces deux exemples montrent bien que l’un des enjeux du Web actuel est l’interopérabilité entre systèmes. Cela permet de créer des visualisations performantes des données, sur une échelle de temps ou une carte de géographique. Chacun trouve son rôle dans un prochain: ajouter des données, programmer des interfaces, etc …

Cette étape de la structuration des données me semble essentiel. Des quantités incroyables de données ont été numérisées et mises à disposition sur Internet. Il faut maintenant s’occuper de leur gestion. Freebase se nourrit de Wikipédia, car il reprend de nombreuses descriptions, mais il offre une dimension supplémentaire: une hiérarchie , un classement des données.

mardi 8 avril 2008

Les expositions imaginaires du Louvre

Le site Internet du Louvre innove en offrant des expositions en 3D, intitulées “Expositions imaginaires”. Pour l’instant, on peut en admirer trois.

Une salle du Louvre est restituée dans son état de 1913. Elle rassemblait la collection léguée par Louis la Caze. Ces chefs-d’oeuvre sont maintenant dispersés dans le musée. D’où l’intérêt de cette exposition. Les technologies 3D permettent en effet de garder une trace dynamique d’anciens états du musée, offrant une meilleure interactivité que les images. Certains tableaux sont cliquables et permettent d’ouvrir une notice (fonctionnalité qui ne fonctionne pas sur mon Mac).

On peut aussi voir une réunion des oeuvres de Fragonard. Les tableaux sont répartis dans plusieurs salles qu’il est possible de visiter. Là aussi des notices sont disponibles.

Une reconstitution d’une église copte d’Egypte permet de visualiser ce que des fouilles archéologiques ont permis de savoir sur l’histoire de l’édification du bâtiment. On peut découvrir aussi bien l’intérieur que l’extérieur de l’église. Certaines zones sont cliquables. Grâce à un touche, il est possible de voir un autre état de construction de cette église.

Ces visualisations 3D sont accessibles sur le site du musée. Il faut télécharger le plugin 3D Life Player pour lire ces fichiers créés avec Virtools. On navigue dans les reconstitutions 3D à l’aide de la souris ou des touches. On est loin des mondes persistants dans lesquels on peut entrer avec un avatar. L’avantage de la technologie choisie est cependant qu’elle permet l’insertion dans un site Internet, bien qu’elle nécessite l’installation d’un plugin. Elle est donc facilement accessible.

En fait, ce type d’application existe depuis longtemps. Les enjeux de leur utilisation sont à la fois la simplicité d’utilisation pour les visiteurs d’un site et la facilité de mise en oeuvre. Sur les deux plans, des projets importants ont été réalisés ces derniers temps. De plus, le parc informatique a maintenant la puissance nécessaire pour populariser la 3D. Enfin, la 3D devient un référentiel naturel pour un public de plus en plus important: il s’agit notamment de ceux qui, jeunes ou moins jeunes, ont pratiqué les jeux vidéos. Les musées peuvent donc tirer un parti intelligent des possibilités de la 3D.

http://www.louvre.fr/llv/dossiers/liste_ei.jsp?bmLocale=fr_FR

vendredi 4 avril 2008

L’important, c’est de participer

En cette année olympique, la fameuse devise de Pierre de Coubertin est à la mode. Pourtant on ne voit plus guère d’athlètes qui se se rendent aux J.O.”pour participer”. Seule la performance compte maintenant. En revanche l’adage du baron pourrait s’appliquer à Internet.

On parle beaucoup de participation sur le Net, qu’on désigne par l’expression Web 2.0. On l’assimile souvent au narcissisme de la blogosphère ou au culte des amateurs qui aurait cours dans Wikipédia. La participation est cependant un phénomène beaucoup plus complexe. Je me souviens que la première fois que j’ai créé un article dans Wikipédia, je m’étais contentée de composer le texte. Quand je suis revenue voir mon article, quelques jours plus tard, j’ai eu la surprise de constater que quelqu’un avait intégré les liens vers d’autres articles de l’encyclopédie. Cette anecdote montre que la participation ne se confond pas complètement avec la création de contenus. Elle comporte aussi la gestion de ces contenus. En effet, sur les sites participatifs, à côté des auteurs, il y a une foule de petites mains qui corrigent, indexent, améliorent, illustrent les contenus. On trouve aussi des modérateurs volontaires, des numérisateurs de données qui donnent de leur temps pour mettre à la disposition des textes tombés dans le domaine public, des tableaux, des photos. Ces gens n’ont pas de nom, tout au plus un pseudonyme. On ne les remercie jamais. Pourtant, c’est en partie grâce à eux qu’en effectuant une recherche dans un moteur de recherche, on trouve un résultat probant. Si le Web avait dû compter sur des projets officiels, privés ou publics, jamais il ne se serait rempli aussi vite.

Internet est en train de vivre le retour de l’esprit des cathédrales. Cela peut surprendre à notre époque, si empreinte d’individualisme. C’est du reste peut-être par réaction à l’isolement social que cette participation se développe. En travaillant ainsi à un corpus universel des connaissances, on peut se sentir valorisé, même si les fruits de ce travail ne se récoltent pas immédiatement. On a l’impression de participer à une entreprise qui nous dépasse, de poser une modeste pierre sur un édifice essentiel. L’humain a certainement besoin de ce sentiment.

On considère habituellement que les grandes pyramides d’Egypte ont été construites non pas par des esclaves, mais par des hommes libres, en dehors des périodes où ils travaillaient dans leurs champs. On peut se demander qu’est-ce qui les poussaient à s’astreindre à une telle entreprise, d’une extrême pénibilité vu les moyens techniques de l’époque. Il semble que la construction de ces grandes pyramides soit liée à un culte solaire dans lequel le pharaon jouait un rôle essentiel (comme représentant du dieu soleil). Il y avait là une vision partagée par tout un peuple. La construction de la pyramide ne constituerait donc pas l’asservissement des hommes à l’ambition d’un tyran, mais la manifestation d’une conception du monde. En participant à la construction, ces hommes, dont on a oublié le nom, faisaient surgir un édifice qui devait dépasser leur destin singulier pour traverser les siècles. En cela, leurs attentes n’ont pas été déçues, puisque depuis 40 siècles, ces pyramides témoignent de leur passage sur terre.

Pyramides

Aujourd’hui il n’est plus question de traîner des blocs de pierre sur les rampes qui entourent une pyramide. Mais sait-on combien de temps prend la numérisation de livres entiers, de poèmes, d’images? Malgré les scanners, il y a encore beaucoup de travail manuel. Pense-t-on aussi au temps passé par des particuliers à administrer leurs serveurs pour que des internautes puissent venir y glâner des informations? Imagine-t-on le mal que se donnent tous ceux qui contribuent à gérer, améliorer ce que d’autres ont mis? Non seulement tout ce travail n’est pas rétribué, mais bien souvent il coûte encore de l’argent à tous ces inconnus qui enrichissent le Web. C’est donc à juste titre que Time Magazine avait attribué le titre de personnalité de l’année à cette foule d’anonymes. Même si ces derniers n’attendent pas de récompense.

dimanche 30 mars 2008

La Bibliothèque d’Alexandrie

Internet est devenu en quelques années la plus grande masse de données réunie de manière relativement homogène et accessible. Jamais jusqu’alors dans l’histoire de l’humanité, l’accès aux connaissances n’a été aussi aisé de même que leur remixage. Tous ces contenus numérisés peuvent être copiés, retravaillés, trouvés par des moteurs de recherche. La question de la conservation de ces données se pose maintenant, notamment pour les contenus numériques natifs. Cet archivage est très complexe pour plusieurs raisons:
  • les sites Internet changent très souvent
  • les formats des données évoluent sans cesse de même que les logiciels, les supports et les appareils (software, hardware)
  • les volumes nécessaires pour la conservation coûtent très chers, surtout si on souhaite un historique des données

Mais est-il nécessaire de conserver l’ensemble des données disponibles sur Internet? D’une part, tout archivage suppose un tri. Tout n’est pas digne d’archivage. Chaque société est amené à faire des choix dans ce domaine. Bien entendu, c’est risqué car même les critères de choix évoluent. Les historiens s’intéressaient d’abord aux documents officiels, mais cette discipline s’est penchée plus récemment sur la vie quotidienne des populations dont la documentation n’a pas été systématiquement archivée. Il en sera de même pour Internet: qui archivera les centaines de milliers de blogs personnels? Ils pourraient cependant constituer des témoignages intéressants pour des historiens, des sociologues, des linguistes. La lacune n’est du reste pas le pire des maux et bien des méthodes permettent d’en dessiner les traits.

Pour tempérer un peu la crainte de perdre ces données réunies en masse, essayons à nouveau de nous pencher sur le passé. L’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie est considéré comme une des catastrophes majeure de l’Antiquité. Pourtant ce drame doit être remis dans son contexte. Cette institution a été créée par Ptolémée 1er, premier roi grec d’Egypte à la fin du 3ème siècle avant J.-C.. Première constatation, il s’agit bien d’une volonté politique. Ensuite, cette institution ne se limitait pas à une bibliothèque: le Museion accueillait aussi des savants prestigieux qui devaient exploiter la bibliothèque. Quant à la bibliothèque elle-même, tout avait été mis en place pour l’enrichir. Les bateaux abordant dans le port d’Alexandrie devaient remettre leurs documents pour qu’ils soient copiés. La copie était rendue au capitaine et l’original conservé à la Bibliothèque.

La Bibliothèque d’Alexandrie n’était pas un cas unique: toutes les grandes cités de la période hellénistique avait la leur. Il y avait même une émulation, voire une concurrence entre toutes ces bibliothèques. On essayait par exemple d’acquérir des collections d’ouvrages ou d’attirer les meilleurs savants. La principale concurrente d’Alexandrie était Pergame. On raconte que les Alexandrins avaient refusé d’exporter du papyrus égyptien vers Pergame pour mettre à mal les activités de sa bibliothèque. Les gens de Pergame ont donc essayé de trouvé un autre support pour écrire et ont donc inventé le parchemin, fabriqué à partir de peau de bête. Le mot parchemin vient du nom de Pergame et ce support s’imposera au Moyen Âge.

Que constate-t-on durant la période hellénistique? Une circulation et une diffusion importante des connaissances doublée d’une grande activité intellectuelle. Grâce à toutes ces bibliothèques, on a pu faire une synthèse de la culture grecque (en incluant même des cultures voisines). On a revisité les auteurs anciens. Aucune de ces bibliothèques n’a survécu au temps, ni celle d’Alexandrie, ni celle de Pergame. Peu importe donc que César lui ait bouté le feu. L’essentiel est en fait que ces bibliothèques ont existé, que les connaissances et les idées ont circulé. Grâce à cela, nous avons pu conserver des connaissances qui auraient été perdues autrement. Bien entendu, on peut regretter que les savants hellénistiques aient fait des sélections comme les pièces des Tragiques qui méritaient de passer à la postérité. Sans eux cependant, on aurait peut-être perdu l’ensemble de ces oeuvres.

Bibliothèque romaine privée
Crédit : http://www.vroma.org/

N’assiste-t-on pas à un phénomène analogue aujourd’hui? De plus en plus de connaissances sont maintenant accessibles et les efforts de numérisation continuent. En même temps, ces connaissances font l’objet de discussions, de commentaires, de synthèses, de recompositions, d’indexation. Ce qui nous distingue de l’époque hellénistique, c’est le nombre de personnes qui ont accès à ces connaissances, parce qu’elles savent lire et qu’elles ont un appareil leur permettant d’y accéder à disposition. Il y a là un formidable catalyseur de découvertes, de progrès scientifiques, ce d’autant plus que les outils que nous avons à disposition facilitent la collaboration et le partage. C’est ce phénomène qui mérite d’être reconnu aux yeux des générations futures.

Nous avons regardé dans le passé. Plongeons-nous dans le futur maintenant, mais dans celui de la science-fiction. Dans son cycle Fondation, Isaac Asimov pose une question intéressante. Son personnage, Hari Seldon, montre que les civilisations connaissent des cycles de mort et de renaissance. Grâce à une science qu’il a développé, la psychohistoire, il parvient à calculer l’intervalle entre la mort prochaine de sa propre civilisation et celle qui lui succédera. Comme cet intervalle est long (30′000 ans), il se demande comment le réduire. C’est ainsi qu’il crée aux confins du monde deux fondations formées de savants qui ont pour tâche de rédiger l’Encyclopedia Galactica. Cela n’est pas sans rappeler le rôle des Monastères du Moyen-Âge qui ont thésaurisé des connaissances de l’Antiquité pour le plus grand bénéfice de notre culture.

Pour revenir à la question de l’archivage, on voit bien que l’exhaustivité n’est pas requise. Un processus de sélection doit intervenir, qu’il se fasse par un choix conscient ou sui generis (ou une solution hybride). Nous n’en sommes peut-être pas encore là. Pour l’instant, il s’agit de tout mettre sur la table, de faire l’inventaire de nos connaissances, de rediscuter peut-être les critères qui nous permettent de qualifier ces connaissances.

jeudi 27 mars 2008

Multiple Internet

Pendant longtemps, Internet s’est confondu avec ses deux applications les plus fondamentales: le WWW et le courrier électronique. Aujourd’hui, le paysage est complètement différent et le réseau Internet porte une offre diversifiée. Petit tour d’horizon:

Web de l’information

C’est la version actuelle du WWW classique, mais en plus diversifié, plus multimédia. Il contient ce qu’on appelle habituellement des sites Web, c’est-à-dire des sites d’information, parmi lesquels on peut mentionner:

  • sites de présentation d’entités diverses (entreprises, administrations, associations, institutions diverses, …)
  • journaux en ligne
  • bibliothèques virtuelles
  • musées virtuels
  • etc…

Ces sites sont formés de pages HTML statiques ou produits par des Content Management Systems (CMS). Ils offrent peu de possibilité d’interaction et cherchent surtout soit à diffuser de l’information, soit à véhiculer une certaine image.

Web 2.0

C’est le Web en vogue actuellement. Il est basé sur la discussion, la participation, la collaboration, le remixage. Il est fait d’éléments déjà anciens comme les chats et les forums, mais aussi d’applications plus récentes comme les blogs et les wikis. Le Web 2.0 est avant tout une révolution d’usage: on est passé d’un Internet qui diffusait des informations de manière unidirectionnelle à un Internet où l’usager participe, à des degrés divers, aux contenus (de l’évaluation à la création et au partage). Le phénomène essentiel de ce Web 2.0 est sans conteste la blogosphère, qui constitue une nouvelle couche dans le paysage médiatique. En effet, il n’a jamais été aussi simple de publier de l’information, de la mettre à disposition d’un public aussi vaste et d’ouvrir des débats. On connaît des types très différents de blogs: journal intime, blog professionnel, blog d’entreprise (souvent collectif), blog journalistique, etc…

  • forums
  • blogs
  • wikis
  • etc …

Web social

Comme l’avait dit le PDG de Skyrock lors de la dernière conférence Lift, les réseaux sociaux sur Internet sont aux humains ce que les moteurs de recherche sont aux informations. Ils permettent en effet de trouver ceux qui ont les mêmes affinités.

  • Facebook
  • Myspace
  • LinkedIn
  • etc…

GeoWeb

Popularisé grâce à l’application Google Earth, le GeoWeb s’enrichit sans cesse. Il offre toujours plus de couches d’informations géo-taguées, c’est-à-dire ancrées sur un point de la carte: des photos, des trajets, des cartes de répartitions dynamiques, des recherches d’adresse, … Les applications géographiques sont également disponibles sur des appareils mobiles, permettant grâce au GPS de trouver son chemin. Le transfert de plus en plus facile des données GPS sur des applications Internet favorise encore son développement. Un autre facteur de développement réside dans l’ouverture de systèmes comme Google Maps à d’autres applications.

  • Google Earth, Google Map
  • Virtual Earth
  • Yahoo Map

Le Web des images

On pourrait confondre le Web de l’image avec celui de l’information. Il faut pourtant lui réserver une place à part. Il est né du mariage des appareils photos et vidéos numériques avec le Web. Depuis quelques années, il est facile de télécharger ses propres photos sur Internet. On constate que des collections gigantesques d’images se sont constituées en très peu de temps: Flickr par exemple dépasse les 2 milliards d’images. L’humanité est en train de produire une image d’elle en temps réel. De plus, cette image est aussi indexée, géo-taguée, commentée et elle produit même un réseau social.

  • Flickr
  • YouTube

Mobile Web

La tendance est très claire: les téléphones serviront de plus en plus à accéder au Web. Les appareils les plus récents disposent de navigateurs performants et d’écrans plus grands. En Occident, c’est une tendance alors qu’en Asie, c’est déjà une réalité. Un téléphone est meilleur marché à l’achat, même s’il finit par coûter plus à l’usage. De plus en plus d’offres sont créées sur mesure pour les téléphones, comme la version adaptée de Wikipédia: Wapédia.

  • Wapédia

Web 3D et mondes persistants

La 3D en réseau est restée pendant longtemps l’apanage des joueurs. C’est peut-être à Second Life que l’on doit d’avoir sorti cette technologie de l’univers du jeu. Second Life est participatif car ses contenus sont créés par ses utilisateurs. Il constitue aussi un réseau social, car il permet à des gens de se rencontrer et de converser. Il est informatif aussi, car une partie de son contenu poursuit un but de diffusion d’information: en effet, on y trouve des musées, des blibliothèques et des institutions éducatives, sans parler des sims présentant des entreprises, des pays, des villes. C’est peut-être la préfiguration d’un Web 3D dont on a encore de la peine à voir les contours. On peut parler, dans ce cas, d’une technologie en voie de maturation.

  • World of Warcraft
  • Entropia
  • Habbo Hotel
  • Second Life

Web sémantique

Avec le Web sémantique, on est encore dans la musique d’avenir. Il s’agit de connecter l’ensemble des contenus du Web grâce à des mots-clés. Cela permettrait notamment de retrouver plus facilement les informations. La tâche est gigantesque.

Internet des objets

De plus en plus d’objets seront pourvus d’une adresse Internet leur permettant d’interagir avec d’autres objets ou des humains via Internet.